Né le 14 février 1924 à Lodz (Pologne), fusillé le 21 février 1944 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; étudiant ; résistant FTP-MOI ; un des condamnés du procès dit de l’Affiche rouge.

Léon Goldberg
Lebj Goldberg, fils de Samuel et de Rawka, était d’origine juive polonaise. La famille Goldberg émigra en France peu de temps après sa naissance, son père en 1928, Léon et sa mère à la fin de 1929. En 1931, son père, tailleur, était domicilié 7 impasse Questure dans le XIe arrondissement de Paris. Léon Goldberg était domicilié 32 rue de Meaux (XIXe arr.). Il fréquenta l’école du 119 avenue Simon-Bolivar, et souhaitait devenir instituteur. Bon élève, il fut admis au lycée en 6e, et concourut pour obtenir une bourse : « cinq mille élèves concouraient pour trois cents bourses à Paris, il fut classé premier » témoigna Maurice Rozenblum, son camarade de classe en mars 2000. Léon Goldberg obtint le brevet et suivit pendant deux ans les cours du centre professionnel de l’école Turgot jusqu’en mai 1942, puis il accomplit un stage de trois mois à l’usine métallurgique Rateau à La Courneuve.
Ses parents et ses deux frères Max et Henri, qui portaient l’étoile jaune, furent raflés le 16 juillet 1942 et parqués au Vel d’Hiv ; par chance Léon n’était pas là. Son père fut déporté le 31 juillet 1942 à Auschwitz, sa mère et ses deux frères le 19 août 1942, tous moururent au camp d’extermination d’Auschwitz (Pologne). Réfugié dans la famille Tenenbaum qui était domiciliée 99 avenue Simon-Bolivar, Léon Goldberg décida alors de rejoindre les FTP-MOI. Entré au 2e détachement (juif), il fut muté ensuite au 4e détachement dit des dérailleurs, sous le pseudonyme de Julien. Il fut repéré une première fois par les fileurs de la BS2 le 8 septembre 1943 à 10 h 30 au square des Buttes-Chaumont avec Moska Fingercweig, puis à 18 h 25 sur le cours de Vincennes en compagnie de Émeric Glasz, et le lendemain à 16 h 55 rue Mounet-Sully (XXe arr.) en conversation avec Michaël Martiniuk (Jonas Geduldig).
Le 13 septembre 1943 il était dans l’équipe qui déboulonna des rails à Villepatour (Seine-et-Marne). Le 21 octobre, l’équipe des dérailleurs fut filée par des inspecteurs de la BS2, dès leur départ de la gare de l’Est. « À 11 h 20 [Wajsbrot] s’installe sur un banc dans le hall. À ce moment, nous apercevons Boczov qui circule, puis Goldberg, Martiniuk, Fingercweig et Elek qui arrivent successivement. Goldberg porte sur le dos un sac de camping paraissant lourdement chargé. Fingercweig porte une musette bourrée, Elek un sac de camping. Nous apercevons Wajsbrot qui circule avec une musette pleine sur le dos. » Les policiers des Brigades spéciales laissèrent l’équipe des dérailleurs agir, ils voulaient arrêter les chefs de la Résistance.
Le 24 septembre 1943 il était dans l’équipe qui sabota la voie ferrée à la hauteur de Brie-Comte-Robert (Seine-et-Marne), ce qui provoqua le déraillement d’un train. Il participa au sabotage de la voie ferrée Paris-Troyes dans la nuit du 25 au 26 octobre à Grands-Puits (Seine-et-Marne) (un train de marchandises de 51 wagons, 27 déraillèrent, deux convoyeurs allemands furent tués). Après cette action réussie, trois des combattants, Amedeo Usseglio, Salomon Schapira dit Willy et Léon Goldberg circulèrent dans Mormant (Seine-et-Marne).
Repéré par les policiers de la BS2, Léon Goldberg présenta une carte d’identité au nom de Gérard Charton, demeurant 23 rue Clovis Hugues à Paris XIXe arr., il portant sur lui un pistolet automatique de marque Savage calibre 7,65 m/m chargé de dix cartouches. La BS2 était alertée, il fut interrogé dans les locaux des Brigades spéciales, battu voire torturé, puis livré aux Allemands emprisonné à Fresnes.
Des inspecteurs de la BS2 filaient FTP-MOI et militants de la MOI dont Moïse Fingerweig. Léon Goldberg fut repéré ainsi dès le 8 septembre 1943 à 10 heures 30, alors que les deux militants conversaient dans le square des Buttes-Chaumont (XIXe arr.), le même jour à 18 heures 40 au métro Maraîchers. Le 9 à 16 heures 35, Léon Goldberg rencontrait Moïse Fingerweig et Émeric Glasz rue d’Avron (XXe arr.). Le 16 septembre à 16 heures 45, Léon Goldberg parlait avec Moïse Fingerweig à l’angle du boulevard Davout et de la rue d’Avron, une heure plus tard nouvelle rencontre des deux hommes avec Émeric Glasz. Le 20 septembre 1943 à 14 heures 30 les trois résistants étaient observés rue Nationale (XIIIe arr.), à 15 heures 10 ils se séparaient boulevard Masséna. Le 22 septembre à 9 heures 50 Moïse Fingerweig, Émeric Glasz et Goldberg étaient vus boulevard Davout et Cours de Vincennes (XIIe arr.). Le 27 septembre à 11 heures, discussion de Boczor « Ivry » avec Émeric Glasz et Goldberg porte de Vincennes
Léon Goldberg était l’un des vingt-quatre accusés qui comparaissaient le 18 février 1944 devant le tribunal du Gross Paris qui siégeait rue Boissy-d’Anglas (VIIIe arr.). La presse collaborationniste aux ordres des Allemands, dont Le Matin, s’en fit l’écho : « Le tribunal militaire allemand juge 24 terroristes ayant commis 37 attentats et 14 déraillements. Un Arménien, Missak Manouchian, dirigeait cette tourbe internationale qui assassinait et détruisait pour 2 300 francs par mois. »
Le tribunal allemand du Gross Paris le condamna à mort le 18 février pour « action de franc-tireur ». Il écrivit sa dernière lettre à sa fiancée, Ginette. Léon Goldberg fut passé par les armes le 21 février à 15 h 52 avec ses vingt et un camarades, dont Missak Manouchian. Son inhumation eut lieu dans le carré des corps restitués aux familles dans le cimetière parisien d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne). La mention « Mort pour la France » fut attribuée à Léon Goldberg le 15 février 1949 par le ministère des Anciens Combattants, et il fut déclaré sergent-chef FFI à titre posthume.
Le nom de Léon Goldberg figure sur les plaques commémoratives dédiées au groupe Manouchian au 19 rue au Maire à Paris (IIIe arr.), à Marseille, près de la gare d’Évry-Petit-Bourg (Essonne) où furent arrêtés Missak Manouchian et Joseph Epstein (colonel Gilles), et au Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis).
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Dernière lettre
 
Fresnes, le 21 février 1944
Chers parents,
Si vous revenez (et je le pense), ne me pleurez pas, J’ai fait mon devoir en luttant tant que j’ai pu.
J’aurais voulu vous voir une dernière fois et vous tenir dans mes bras Seulement ce n’est pas possible. Enfin !
Vous aurez encore deux fils qui deviendront des hommes.
J’ai combattu pour que vous, Henri, Max, ayez une vie meilleure si vous revenez, et aussi pour qu’ils ne voient pas une autre guerre dans vingt ans, ils sont jeunes, ils ont l’avenir pour eux.
Je ne sais vraiment plus quoi écrire Il y a tant de choses .à dire... Chers parents, Henri, .Max, chers fières, je vous embrasse de toute mon âme
Votre fils Léon
Vive la France !
 
Léon Goldberg à sa fiancée
Prison de Fresnes (Seine) —21 février 1944
Fresnes, le 21 février 1944
Ma Chérie,
Ma dernière lettre et mon dernier souvenir pour toi ; je vais être fusillé à 3 heures. Il est 11 1/2.
D’abord, je voudrais que tu ne pleures pas et que tu sois très courageuse comme je le suis moi-même. Je n’ai pas peur de mourir. Je trouve quand même que c’est un peu trop tôt. Comme cadeau d’anniversaire, c’est réussi, n’est-ce pas ? Tu sais depuis samedi ce qui m’attend par les journaux.
Ta photo est devant moi, ce matin comme toujours. Je l’emmène avec moi pour ce long voyage d’où personne n’est, je crois, jamais revenu. Console-toi très vite, nous nous sommes trop peu connu. J’ai fait mon devoir envers tous. Je ne regrette rien.
Tout ce que je voudrais, c’est que, quelquefois, vous tous, rnes amis, pensiez à moi. Maintenant, j’embrasse tes parents, Fanny toi-même, ma chérie, ainsi que tous mes amis. Quand mes parent reviendront, tu rendras mes affaires, enfin arranger tout quand toi seront de retour.
Ils ont été forts pour mon cadeau d’anniversaire, ne trouves pas ?
Je n’écris pas grand-chose. Je n’ai pas grand-chose à écrire. Ça vaut mieux. Parlons des amis.
Je souhaite tout le bonheur possible à Roger, Denise et Jean, CIaude leur fils, Robert Balin : je les embrasse ainsi que leurs parents.
J’embrasse tous les amis du quartier, je n’énumère pas leur[s] nom[s].
Embrasse mes cousins Pérel, les amis Berkowitz, sans oublier surtout Merlo et leurs enfants, Sznaper, Debut, (Alice, Mireille, Joseph) Finkelstein, Fuks, Deltour, Tondelier, Postaniec, enfin tous sans exception. J’oublie Anna, ses parents, Ben, Joseph, etc.
Je n’arrête pas de manger en ce moment. Que veux-tu que je te dise, ma chérie ; il faut bien mourir un jour. Je t’ai beaucoup aimée, mais il ne faut pas pour cela oublier que ta vie continue, à toi.
D’ici quelque temps, j’espère que tu te seras fait une raison et que la vie reprendr[a] ses droits.
Enfin, ADIEU À TOUS. La vie sera meilleure pour vous. Je vous embrasse tous, ta famille et toi, Ginette.
Je demande pardon à tous ceux que j’oublie des amis.
Ma Ginette, je partirai avec ton nom sur mes lèvres.
VIVE LA FRANCE : Léon Goldberg.
J’écris mal à cause du froid.
Sources

SOURCES : Arch. PPo., BA 2297, PCF carton, 15 rapports hebdomadaires des Renseignements généraux sur l’activité communiste, GB 137 BS2, 77W 2122. – Arch. Institut d’histoire sociale. – DAVCC, Boîte 5 Liste S 1744 098/44 (Notes Thomas Pouty). – Le Matin, 19 et 20 février 1944, 21 février 1944, 22 février 1944. – Gaston Laroche (Boris Matline), On les nommait des étrangers, EFR, 1965. – David Diamant, Les Juifs dans la résistance française 1940-1944, Le Pavillon, Roger Maria éditeur, 1971. – Annette Wieviorka, Ils étaient juifs, résistants, communistes, Éd. Denoël, 1986. – Stéphane Courtois, Denis Peschanski, Adam Rayski, Le sang de l’étranger, les immigrés de la MOI dans la Résistance, Fayard, 1994. – Boris Holban, Testament, Calmann-Lévy, 1989. – ANACR, 1940-1945, La résistance dans le XIXe arrondissement de Paris, Le Temps des Cerises, 2005, p. 141. – Lettres de fusillés, Éditions France d’abord, 1946, p. 101 (lettre à ses parents). — Guy Krivopissko, La vie à en mourir. Lettres de fusillés 1941-1944, Tallandier 2003, p. 292-293 (lettre à sa fiancée). – Site Internet Mémoire des Hommes. – Site Internet CDJC. – Mémorial GenWeb. – Site sur Léon Goldberg.

Iconographie
ICONOGRAPHIE : ANACR, 1940-1945, La Résistance dans le 19e arrondissement de Paris, Le temps des cerises,2005, p.141.

Jean-Pierre Besse, Daniel Grason

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