Né le 30 juin 1909 à Deurne (Belgique), fusillé comme otage au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) le 11 août 1942 ; membre du Parti communiste belge, agent de l’OMS en Chine, en Argentine, en France et en Belgique.

Franciscus Wouters était le fils de Josef et de Maria Bijlemaekers. On ne connaît pas sa date d’affiliation au Parti communiste belge (PCB), mais, sur insistance de sa direction, il fut choisi à l’âge de dix-neuf ans en 1928 pour suivre une formation en URSS, vraisemblablement dans une « école spéciale ». Il ne revint en Belgique que cinq ans plus tard. Selon ce qu’il confia à ses proches, il avait rempli une mission en Chine, puis en Argentine où il fut porteur de mots d’ordres pour une grève des dockers.
À son retour à Bruxelles, il travailla comme représentant commercial à la photogravure APERS, une couverture qui lui permettait de remplir ses fonctions d’OMS avec la bienveillance de son patron. Ses tâches étaient les plus diverses. Après l’accession d’Hitler au pouvoir en 1933, il fit sortir d’Allemagne des cadres importants en se rendant entre autres à Berlin et à Munich, sous le couvert de fausses identités. Lorsque fut fondée, en 1935, l’Université ouvrière de Bruxelles, à l’initiative de syndicalistes de gauche et d’intellectuels marxistes, le PCB s’y associa immédiatement. Raymond Rivière, un communiste, fut son premier directeur, et Franciscus Wouters y donna un cours sur le mouvement syndical. Wouters y aurait également contribué en transmettant des fonds du Komintern. Selon des sources non vérifiables, il travailla un moment avec Paula Rozenblatt à Paris, en liaison avec la section latine de l’Internationale communiste (IC). En Belgique, il collectait des passeports auprès de camarades pour de fausses identités destinées à des messagers du Komintern qu’il accompagnait occasionnellement à Paris, où il rencontra entre autres Paul Vaillant-Couturier. Il était en relation régulière avec Antonina Grégoire, épouse de l’avocat Jean Bastien qui siégea à la commission judiciaire des brigades à Albacète durant la guerre d’Espagne. C’est probablement en relation avec ce dernier qu’il fut chargé de missions dans ce pays. Lorsqu’en septembre 1939, une partie de la direction du Parti communiste français se replia en Belgique, le délégué du Komintern Eugen Fried les avait précédés au mois d’août. François Wouters assura alors la liaison technique avec le Komintern, par une station radiotélégraphique érigée chez Henri et Marie-José Erlich. Sa liaison avec la direction clandestine du PCF était assurée par Léa Tainsy, intermédiaire de Maurice Tréand, directement parfois par Mounette Dutilleul. Il réalisa les clichés destinés à la publication des numéros de Monde, et de l’unique numéro des Cahiers du Bolchevisme imprimé en Belgique.
Peu de jours après l’entrée en Belgique des troupes allemandes, le 10 mai 1940, il fut chargé de gagner Paris afin d’y établir un centre technique. Pris dans le flux de l’évacuation, il se retrouva à Arcachon, puis à Bordeaux, d’où il gagna la capitale pour se mettre au service de Maurice Tréand arrivé avant lui en compagnie de Jacques Duclos. Il fut incorporé dans ce qu’on appellera le « groupe Tintelin », du nom du militant chargé de faire sortir l’Humanité et des tracts clandestins. Le groupe organisa une quarantaine de centres d’impression, des endroits pourvus de ronéos où les exemplaires étaient reproduits, ainsi que de quatre presses. Jacques Duclos citera « un jeune photograveur » dans ses Mémoires, il s’agissait de François Wouters qui travaillait à faire de faux papiers de toute nature, avec le concours mais sans relation directe avec l’imprimeur Prigent, rescapé des rafles qui suivront. Durant cette période, il assura, alternativement avec son amie Léa Tainsy, une liaison hebdomadaire avec Bruxelles. À la suite de patientes filatures de la Sûreté nationale française, treize militants du groupe Tintelin furent arrêtés le 19 juin 1942. Sous la fausse identité d’Albert Marchand, François Wouters figurait parmi les interpelés, ainsi que son collègue photograveur d’origine néerlandaise, Pierre Galesloot. Tous deux firent croire que leur engagement dans l’affaire par un certain Simon (en réalité Maurice Tréand) était de nature purement professionnelle. Lors de son interrogatoire, François Wouters se prétendit membre du Parti ouvrier belge (ce qui est sans doute vrai), qu’il était un ami du sénateur socialiste belge Fernand Brunfaut et que, militant syndical, il n’avait jamais été communiste. Dans la rafle, deux émetteurs morse en ondes courtes furent découverts à Gagny – sans doute des appareils de réserve. La police française ne parvint à recueillir aucun renseignement sur les deux inculpés auprès de la Sûreté belge. Régulièrement visité par Léa Tainsy lors de son incarcération à la Conciergerie, Wouters attribua ce manque d’information au mutisme des fonctionnaires questionnés. Mais il est possible que les fiches des deux emprisonnés aient fait partie de celles qui furent détruites au moment de l’invasion. Cette absence de renseignement préserva François Wouters et son compagnon Pierre Galesloot d’une enquête approfondie. Mais, en dépit de ces assurances, ils furent extraits tous deux du dépôt de la préfecture de police de Paris par les autorités allemandes le 10 août 1942, pour être fusillés le lendemain au Mont-Valérien avec trente-cinq autres otages.
Sources

SOURCES : Opération IV A.4452/42, Action Ambroise. – Arch. PPo., BS1, BA 1928 et BA 2079. – Ministère belge de la Santé, service des victimes de guerre, dossiers 58405, 48699. – Jacques Duclos, Mémoires t. 3, p. 77. – José Gotovitch, archives personnelles. – Entretiens de l’auteur avec Léa Tainsy, Mounette Dutilleul, Willem Pauwels (Wilchar), Marcel Annaert ; indications de Lucette Bouffioux, Antoine Laurent, Sonia Leit, Alphonse Pelayo. – DAVCC B VIII (Notes Thomas Pouty). – S. Klarsfeld, Le livre des otages, op. cit.

Claude Coussement

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