Né le 20 décembre 1917 à Paris (XVe arr.), fusillé comme otage le 23 mai 1942 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; ingénieur radio ; militant communiste ; résistant.

Marcel Engros était le fils d’Isaac Engros, Juif égyptien, né en 1890 à Alexandrie, et d’une mère née en 1891 à Paris (IVe arr.), couturière puis ménagère. Marcel Engros était diplômé de l’École centrale de radio-électricité et avait travaillé comme radio dans la marine marchande. Il était membre du Parti communiste, comme ses frères Lucien et André. À la déclaration de guerre, il fut affecté dans l’aviation et servit comme radio au sein d’un équipage. À deux reprises, son avion fut abattu. Démobilisé fin 1940, il retrouva rapidement le contact avec le Parti communiste clandestin qui lui demanda de s’abstenir de toutes activités politiques et de « se tenir en réserve », compte tenu de ses compétences professionnelles. Quelques semaines plus tard, il reçut la visite de Fernand Pauriol, alias « Robert Duval », qui lui fixa un rendez-vous au « café du zoo de Vincennes » pour une dizaine de jours plus tard. Pauriol l’y retrouva le jour dit et le conduisit dans un autre café où les attendait le responsable du service radio du PCF clandestin, Charly Villard. Une fois les présentations faites, Pauriol lui déclara : « Dorénavant, ce copain sera ton patron pour tout le monde. Lorsque j’aurai quelque chose à te communiquer, c’est par son intermédiaire que je te le ferai savoir. » Villard lui fixa alors un nouveau rendez-vous dans un café du boulevard Soult (XIIe arr.) pour le présenter à Arthur Dallidet, qui lui expliqua en quoi consisterait son travail, et Claude Gaulué. Ce dernier devait lui établir une fausse carte d’identité ne portant pas la mention « Juif », à la différence de sa carte légale.
Marcel Engros fut donc adjoint à Charly Villard pour l’aider à construire des postes émetteurs-récepteurs dans son magasin de radio-électricité, 15 avenue du Bel-Air dans le XIIe arrondissement. Il assurait également la liaison entre Villard et Arthur Dallidet. Ce dernier lui avait confié les clés d’un box, rue de Paris à Vanves, dans lequel étaient stockées des pièces détachées nécessaires à la construction des postes, très difficiles à se procurer à l’époque. Marcel Engros se chargea également du transport et du stockage de plusieurs appareils dans un autre box qu’avait loué Charly Villard, 170 rue de Fontenay à Vincennes, en attendant leur expédition vers la Zone sud. Son chef remarqua que, en dépit des strictes consignes de sécurité qui lui avaient été données, Marcel Engros rendait régulièrement visite à sa mère, qui habitait 35 rue de Charenton. Il fut donc décidé de l’envoyer en Zone sud pour instruire de nouveaux opérateurs. Mais Engros joua de malchance. Aux alentours du 20 février 1942, il avait été repéré et pris en filature par des policiers des Renseignements généraux qui surveillaient un box voisin de celui où il se rendait périodiquement à Vanves. Il fut suivi à plusieurs reprises et les inspecteurs de la BS1 découvrirent ainsi le magasin de l’avenue du Bel-Air, puis le domicile de Rosalie Engros (voir André Engros). C’est là qu’ils l’arrêtèrent finalement au petit matin du 6 mars.
Marcel Engros commença par nier son appartenance au PCF et prétendit que sa relation avec Charly Villard était strictement professionnelle. Mais, pressé de questions et trahi par des annotations trouvées dans son calepin, il finit par reconnaître ses activités clandestines, sans pouvoir d’ailleurs révéler grand-chose aux policiers compte tenu du cloisonnement du service radio qui l’avait laissé dans l’ignorance de la plupart de ses rouages. Marcel Engros fut livré aux Allemands. Le 19 mai 1942, un officier de la Luftwaffe, le capitaine Kuligk, était légèrement blessé par balles dans Paris. Le nouveau chef des SS et de la police allemande en France, le général Oberg, ordonna en représailles l’exécution de « 10 Juifs et communistes » et la déportation d’une centaine d’autres. Le 23 mai, Marcel Engros était fusillé au Mont-Valérien en compagnie de six autres militants : Jacques Solomon, Jean-Claude Bauer, Georges Dudach, Georges Politzer, Claude Gaulué et André Pican. Le 30 mai, quatre autres communistes tombaient à leur tour sous les balles du peloton d’exécution : Arthur Dallidet, Félix Cadras, Daniel Decourdemanche et Louis Salomon.
Les deux frères de Marcel Engros furent également fusillés, Lucien le 22 août 1942, André le 1er octobre 1943. Une plaque commémorative leur rend hommage à tous les trois sur la façade d’un immeuble où la famille avait habité, 18 rue des Écouffes dans le IVe arrondissement de Paris.
Sources

SOURCES : Archives de la CCCP, dossier « Service radio » (Notes Jean-Pierre Ravery). – Serge Klarsfeld, Le livre des otages, op. cit. – Site Internet Mémoire des Hommes. – État civil, Suresnes.

Jean-Pierre Ravery

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