Né le 29 février 1920 à Montmorency (Seine-et-Oise, Val-d’Oise), fusillé comme otage le 22 octobre 1941 à Châteaubriant (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique) ; étudiant communiste parisien.

Claude Lalet
Eugénie Lalet et son fils Claude Fournier en 1947
Plaque sur le site de Châteaubriant
Fils d’un rédacteur au ministère des Finances, Claude Lalet se destinait au journalisme et aimait la poésie. Élève au lycée Rollin (Jacques Decour) depuis 1930, il fut en 1935-1936 aux lycéens antifascistes, dit-il lors de son interrogatoire par la police. Il était, en 1937, membre de l’Union des étudiants communistes (UEC) et aurait été responsable, avec Olivier Souef, des étudiants communistes de la Sorbonne vers 1940. Selon son épouse, Eugénie Lalet-Lory, il n’était plus lié au Parti communiste lorsqu’il fut arrêté le 25 novembre avec elle et Maurice Delon, ce qui semble étonnant. Il n’est pas exclu qu’il ait eu des réserves par rapport à l’orientation refus de « guerre impérialiste » de l’Internationale communiste.
Claude Lalet s’était marié le 26 octobre 1940 à Paris (XIIIe arr.) avec Eugénie Lory, née en février 1923 à Lambezellec (Finistère).
Pierre Daix dit qu’il a toujours connu Lalet communiste, que c’est lui qui lui apprit l’exclusion du PCF de maître Foissin et lui donna consigne de militer au Centre laïque des auberges de la jeunesse (CLAJ). Il ajoute que Lalet était un des organisateurs de la manifestation pour Paul Langevin le 8 novembre. Mais rien ne dit qu’il participa à la manifestation du 11 novembre, même s’il est probable qu’il comptait au nombre les étudiants communistes qui y étaient favorables. Nous ne disposons d’aucun appel de l’UEC au 11 novembre, à la différence du 8 novembre pour Langevin, et il semble que peu y allèrent effectivement selon Alain Monchablon. Les arrestations s’échelonnèrent du 20 au 28 novembre, par remontée de filières : le 20 : arrestations en flagrant délit à la Mazarine puis, au total, dix-neuf arrestations dont Claude Lalet, Pierre Daix). Informée par la préfecture de police, la presse (l’Œuvre, Le Petit Parisien) annonça le 29 novembre, fièrement, le démantèlement de l’action communiste chez les étudiants et fit de Claude Lalet le rédacteur et répartiteur des tracts communistes, en même temps qu’un des trois « chefs de secteur ». Ni cette presse, ni les rapports de police ne relient ces arrestations au 11 novembre.
Incarcéré à la prison de la Santé puis à Fresnes le 1er mars 1941, il fut condamné à huit mois de prison mais ne fut pas libéré ensuite et fut transféré, le 29 juillet, au camp de Châteaubriant (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique) comme interné administratif. Sa jeune femme, Eugénie, qui avait fait de nombreuses démarches pour obtenir sa libération, reçut du ministère de l’Intérieur une lettre l’informant de la sortie prochaine de son mari le 23 octobre 1941 ; elle se présenta ce jour-là au camp de Châteaubriant où elle apprit que son mari avait été fusillé la veille. Eugénie Lalet, arrêtée aussi le 25 novembre 1940, eut une condamnation légère et fut libérée comme pupille de la Nation, mais resta communiste.
Selon son témoignage, Claude Lalet ne figurait pas sur la liste initiale : « Il a été rajouté en surnombre : alors que le convoi des fusillés était déjà en marche vers la carrière, ordre a été donné de stopper le convoi et de rajouter l’étudiant de vingt et un ans Claude Lalet » (Le Monde, 3 novembre 1971). Pierre Daix précise qu’il est le seul des otages fusillés à avoir subi une condamnation judiciaire.
Eugénie Lalet fut à nouveau arrêtée, sous le nom de Fartière, le 2 mars 1942 (une autre source dit 4 avril 1942) dans l’affaire dite des « services publics » avec son nouveau compagnon Robert-Henri Fournier (né le 12 octobre 1917) et déportée le 22 mai 1944. Fournier mourut à Güsen (Autriche) le 5 mai 1945. Elle eut de Fournier un enfant prénommé Claude, élevé à la prison centrale de Rennes puis extrait clandestinement et confié à sa grand-mère.
Le dossier Châteaubriant de la commission de contrôle politique du Parti communiste français ne contient pas d’informations qui permettaient de conclure, avec sa femme, que Claude Lalet se serait éloigné du Parti communiste avant son arrestation.
Aragon le cita dans Le Crime contre l’Esprit (1942, rééd 1945).
Il fut inhumé à Sion (Gers) puis transféré au Père-Lachaise.
Sources

SOURCES : DAVCC, Caen, B VIII, dossier 2 (Notes Thomas Pouty). – Arch. PPo GB52 BS1, en particulier no 4, 26 novembre 1940. – Arch. CCCP du PCF, Notes Jean-Pierre Ravery. – Alfred Gernoux, Châteaubriant et ses martyrs, Nantes, Éd. du Fleuve, 1946. – Lettres des fusillés de Châteaubriant, Amicale des anciens internés patriotes de Châteaubriant-Voves, 1954. – Fernand Grenier, Ceux de Châteaubriant, préface de Jean Marcenac, 3e éd., Paris, Éd. Sociales, 1967. – Témoignage. Le crime contre l’esprit (les martyrs) par le Témoin de martyrs (Aragon), Paris, Éd. de Minuit, 1945. – A. Monchablon, « La manifestation à l’Étoile du 11 novembre 1940. Histoire et mémoire », Vingtième siècle, no 110, avril 2011. – Le Monde, 3 novembre 1971, 24 janvier 1981.

Iconographie
ICONOGRAPHIE : Lettres des fusillés de Châteaubriant, op. cit. — Fernand Grenier, Ceux de Châteaubriant, op. cit.

Jean-Pierre Besse, Alain Monchablon, Claude Pennetier

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