Né le 10 décembre 1900 à Privas (Ardèche), exécuté le 13 avril 1944 d’une balle dans la nuque par les waffen SS de la Brandenburger Division, probablement à proximité de Pont-Saint-Esprit (Gard) ; artisan-relieur et libraire ; franc-maçon, militant socialiste SFIO, résistant.

Auguste Adelbert
Fiches de l’Association des familles de fusillés.
Musée de la résistance nationale.
Fils d’un marchand de vins de Privas, Auguste Adelbert naquit le 10 décembre 1900 au sein d’une famille de tradition protestante. Avec son épouse, Alfréda, Marie, Renée Labbé, d’origine savoyarde, il s’était établi dans sa ville natale. Dans les années trente, le couple tint un commerce de librairie-papeterie situé rue de l’Hôtel de ville. Auguste Adelbert, qui avait appris le métier d’encadreur-relieur, ouvrit aussi un atelier correspondant à cette spécialité
Dépourvu de toute conviction religieuse, Adelbert s’était affilié à la Loge maçonnique "Humanité de la Drôme première"qui rayonnait sur l’Ardèche. Gagné aux idées socialistes, il avait adhéré à la SFIO. A la veille du second conflit mondial, le commerce des Adelbert avait gagné le surnom de librairie du « Frente popular », en raison de l’esprit de solidarité manifesté par le couple pour les réfugiés républicains espagnols installés en grand nombre au camp de Chomérac, à proximité de Privas. Dans la même période, Adelbert accéda à la présidence de la Chambre des métiers de l’Ardèche.
En septembre 1939, Auguste Adelbert ne fut pas mobilisé : il avait contracté durant son service militaire, effectué en Sarre à la fin de l’année 1918, une maladie infectieuse, l’encéphalite léthargique, qui l’avait rendu invalide. Lors de l’exode de 1940, les Adelbert participèrent à l’accueil des familles de réfugiés belges. Auguste Adelbert fit ainsi la connaissance d’Anna et Louis Govers, ressortissants de ce pays, anciens agents de renseignements des services secrets britanniques durant la Première guerre mondiale. Avec eux, Adelbert pris contact avec la Résistance locale qui réalisait ses premiers pas autour du mouvement Cochet (fin 1940-début 1941), puis Louis Govers l’introduisit en 1942 dans les réseaux de renseignements liés à la Résistance belge : réseaux Sabot, Noé, Coty. Adelbert participa à des missions de convoyage, d’accueil et d’évasion vers l’Espagne de personnes qui fuyaient les nazis. À la fin de septembre 1943, le réseau Sabot fut en partie démantelé par l’arrestation des Govers. À cette date, Adelbert s’était également mis au service des groupes FTP par l’intermédiaire de deux de ses amis d’origine privadoise : Marius Mounier et Alfred Arnaud*. Le libraire-relieur, très habile sur le plan manuel, était devenu un spécialiste des faux tampons et faux-papiers en tous genres pour l’ensemble des organisations de Résistance.
Repéré et dénoncé, peut-être après une altercation survenue en avril 1943 entre son épouse et une collaborationniste dans la queue d’un magasin d’alimentation, Adelbert fut arrêté et enlevé, devant sa famille, le 5 avril 1944 par un groupe de waffen ss de la Branderburger Division stationnés à l’Hôtel Pottier de Viviers. Transféré à la citadelle de Pont-Saint-Esprit, il fut assassiné le 13 avril d’une balle dans la nuque, les mains liées dans le dos par un fil de fer et basculé dans le Rhône, en un lieu non précisé. Son corps, supplicié, fut retrouvé le 27 avril dans un bras du Rhône sur la commune de Châteauneuf-du-Rhône (Drôme).
Son épouse Renée, mère de quatre jeunes enfants, milita à l’UFF dans les années qui suivirent la Libération et présida l’Association locale des familles de fusillés.
_Une plaque fut apposée sur lae mur de sa librairie et une place de Privas porte son nom.
Sources

SOURCES : Arch. Dép. Ardèche, 30W1, 72W109, 70J27. — La Voix du peuple de l’Ardèche et la Voix de l’Ardèche, 1944-1947. — Le Messager de la Renaissance cévenole. — A. Demontès, L’Ardèche martyre, Largentière, 1946. — S. Villard, Chroniques ardéchoises 1943-1944 : parcelles d’Histoire, Édit. M. Rigaud, Coux, 2000. — La Résistance en Ardéche, cédérom publié par le Musée départemental de la Résistance en Ardèche et de la déportation et l’AERI, 2004.

Pierre Bonnaud

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