Né le 14 juillet 1916 à Paris (XXe arr.), fusillé le 11 avril 1944 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; tourneur sur métaux ; militant communiste de Paris ; résistant FTPF.

[Photos anthropométriques des fusillés du 11 avril 1944]
[Photos anthropométriques des fusillés du 11 avril 1944]
Fils de Jean Alezard, mécanicien, et de Martine Gaillard, papetière, Jean Alezard était domicilié 177 rue de la Roquette à Paris (XIe arr.). Entré en clandestinité en 1941, il fut d’abord employé à la réorganisation du Parti communiste à Paris. Début 1942, il devint responsable aux cadres pour la région Nord de la capitale. Au milieu de l’été 1943, il fut nommé responsable interrégional aux cadres et à ce titre adjoint de Gaston Michallet dit « Charnaux ». Il habitait, depuis avril 1943, un logement « illégal » 20 rue Albert (Paris, XIIIe arr.) sous la fausse identité de « Lemoine ». Flairant des filatures dont il découvrit la réalité après son arrestation, il déménagea en septembre au 6 rue de Liège à Paris (IXe arr.) dans un appartement qu’il louait au nom de « Lescaut ». Son pseudonyme de clandestin était « Gil André » ou « Gil ». Le vendredi 26 novembre 1943, il se présenta au domicile de Lucienne Vermeil, née Sarrelongue, 3 route de l’Étang à Saint-Gratien (Seine-et-Oise), où se tenaient régulièrement des réunions des cadres de la région parisienne – ce que Michallet, arrêté la veille, avait indiqué aux policiers de la BS2. Alezard tomba dans une souricière, porteur de deux biographies qu’il était venu déposer, celles de Rondin et de Léon du secteur P 2, mais que les policiers ne parvinrent pas à décoder. Il était en possession d’un faux Ausweis, d’une fausse carte de travail et d’une carte de circulation du métropolitain au nom de « Bassecourt ». Divers documents relatifs à son activité furent saisis sur lui et dans ses logements. L’autre adjoint de Michallet, André Dreyer, fut arrêté dans l’après-midi du même jour au même endroit. Le lendemain 27 novembre, Alezard fut sévèrement passé à tabac dans les locaux de la BS2. « Dans l’interrogatoire, je n’ai dit que ce qu’ils savaient », affirmait-il dans l’un des rapports qu’il réussit à faire passer au National Cadre, Jean Chaumeil, à l’occasion des visites de la femme de son codétenu, Marcel Maillard. « Je suis fier de mon attitude », ajoutait-il.
Transféré à Fresnes, il fut interrogé par la police allemande le 29 janvier. « L’interrogatoire est basé sur celui des Français, écrivait-il à Chaumeil, sans rien chercher à savoir de plus. » Dans une note rédigée en avril 1944, Jean Chaumeil attesta de la bonne conduite de Jean Alezard face aux policiers : « Si Charnaux et Gil avaient parlé, j’y passais car je les voyais dans une planque qui a tenu. De plus, c’est un fait, rien n’est tombé derrière eux. » Jean Alezard pensait être déporté, mais il fut finalement condamné à mort par la cour martiale allemande le 23 mars et fusillé au Mont-Valérien le 11 avril 1944 avec Joseph Epstein et ses autres camarades des FTP de la région parisienne. Dans la dernière lettre qu’il fut autorisé à écrire le jour de son exécution, Jean Alezard proclamait : « en mourant, je vous crie : vive la Liberté ! vive la France que m’a appris à aimer le Parti communiste ». Cette lettre fut publiée en 1946 dans le premier recueil consacré aux ultimes écrits des fusillés, avec une préface de Louis Aragon. Jean Alezard reçut la mention « Mort pour la France » le 18 avril 1946 et fut homologué au grade de lieutenant à titre posthume. Une plaque fut apposée sur la façade de son immeuble rue de la Roquette dans le XIe arrondissement de Paris : « Ici habitait Jean Alezard, lieutenant FFI, fusillé au Mont-Valérien le 11 avril 1944 à vingt-huit ans. »
Dernière lettre
 
Fresnes, le 11 avril..1944
Chère Henriette,
Chers Frédo et Louis,
Vous étiez mes frères et sœur, et la peine que je vous cause sera cruelle. Surtout, faites que maman soit consolée, c’est tellement dur pour elle Dans deux heures, avec vingt camarades, je serai fusillé. Je meurs. comme tant d’autres déjà pour que la France soit heureuse J’adresse un dernier salut à nos anis, Paulette, Odette, Géo, René C.... Solange, Gilbert et Gilberte, ainsi qu’à C... dont je suis heureux d’avoir été l’élève II est évidemment dur de mourir ainsi, sans pouvoir embrasser ceux que l’on aime, mais mon sacrifice ne sera pas inutile ; les qualités morales que m’a données le Parti me sont d’un grand réconfort et me permettent de mourir calmement.
Chère Henriette, arrange-toi avec mon amie pour la consoler ; donne-lui quelques-unes de mes affaires qui pourront lui faire plaisir. Soyez fortes et revoyez- vous de temps en temps Exprime-lui combien ma douleur est grande
N’oublie pas Mme R... et son fils. Bientôt la guerre va finir, la victoire est proche-,et Frédo et Louis reviendront. Cette victoire sera un des plus grands pas vers une société meilleure et mieux armée contre un retour à de telles situations. A chaque 14 Juillet, jour de mon anniversaire, pensez à moi et dites-vous bien que je ne regrette rien de mon sacrifice, bien que J’aie le cœur serré de vous quitter ainsi que mon amie. Si maman pouvait avoir un petit-fils, elle supporterait mieux sa douleur. Enfin, l’heure approche où je vais rejoindre ceux qui déjà payèrent de leur vie un : trop grand amour pour la vraie France. Je meurs la conscience tranquille personne n’est tombé à ma suite. Ma volonté de communiste français est de ne pas vouloir de tuerie après la victoire, mais de châtier de la seule façon qui s’impose les traîtres à notre Patrie qui nous ont livrés. Devant la mort, je vous souhaite une vie heureuse ; soyez forts et forte.
Je vous embrasse tous, et en mourant je vous crie : Vive la Liberté ! Vive la France que m’a appris à aimer le Parti Communiste !
Adieu.
Jean
Sources

SOURCES : Arch. PPo. – Arch. CCCP, PCF, dossier « Affaire Estain » (Notes Ravery). – Note Jean-Pierre Besse. – Lettres de fusillés, éd. France d’Abord, Paris 1946. – Lettres des communistes fusillés, Éd. En langues étrangères, Moscou, 1951. – L’Humanité, 9 février 2007. – Mémorial GenWeb. – Site Mémoire des Hommes. — État civil.

Iconographie
ICONOGRAPHIE : photo anthropométrique dans les archives de la préfecture de police de Paris ; www.memorial-genweb.org ; « Joseph Epstein, Bon pour la Légende », film de Pascal Convert diffusé sur Arte le 21 octobre 2009.

Jean-Pierre Ravery

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