Né le 27 juin 1908 à Nanterre (Seine, Hauts-de-Seine), condamné à mort par un tribunal allemand, fusillé le 10 avril 1942 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; ajusteur-outilleur ; militant communiste ; résistant.

Fils de Jean-Baptiste Lebon, journalier, et de Marie, née Rebidou, Jean Lebon vivait à Nanterre. Il épousa le 6 juin 1931 Gilberte Millois et eut un enfant. Il adhéra au Parti communiste dans l’élan du Front populaire en 1936.
À la fin avril 1941, il rencontra deux militants communistes de Nanterre qui lui demandèrent s’il était d’accord pour distribuer des tracts du Parti communiste. Il accepta d’en prendre un paquet. Il entra en contact avec Edmond Dubuis, fut chargé de la diffusion sur les boulevards du Couchant et du Midi, dans les quartiers du Centre et du Plateau. Le lieu de rendez-vous pour la remise du matériel était fixé au pont de Biais. Les tracts étaient signés du Comité de chômeurs, du Comité populaire, à l’en-tête de l’Humanité clandestine. L’Humanité du 14 juillet 1941, s’adressait à la population : « Manifestez, pavoisez tricolore, témoignez votre solidarité à l’URSS. Formons le Front national de lutte pour l’indépendance de la France. À bas Hitler ! Vive l’URSS ! Vive la France ! »
Des militants distribuaient des tracts dans des entreprises de la banlieue ouest (Nanterre, Boulogne, Suresnes, Courbevoie), mais aussi dans la Seine-et-Oise (Saint-Cloud, Bezons, Carrières-sur-Seine, Houilles, Cormeilles en Parisis...). Félix Pozzi, ancien ouvrier électricien chez Goodrich (Kléber-Colombes), ex-brigadiste en Espagne républicaine, en était le principal animateur.
Vers la mi-août 1941, un habitant de Nanterre, se présenta au poste de police de la ville. Il venait se plaindre du fait que des tracts communistes étaient déposés dans sa boîte aux lettres. Il fit une seconde démarche quinze jours plus tard au commissariat de Puteaux et dénonça Célestin Hébert, militant communiste qui habitait un pavillon voisin du sien. Des policiers de la Brigade spéciale d’intervention (BSi) du commissariat de Puteaux surveillèrent les lieux. Le 8 septembre le couple Hébert fut appréhendé, trois jours plus tard la police arrêta Félix Pozzi, et le 13 septembre ce fut au tour de Jean Lebon et des autres propagandistes.
La perquisition qu’opérèrent trois inspecteurs au domicile du couple Lebon ne donna rien. Pendant trois jours, ils furent détenus au commissariat. Selon sa femme son mari ne fit pas l’objet de sévices, pas plus qu’elle-même. Elle fut libérée tandis que Jean Lebon était incarcéré à la prison de la Santé.
Du 9 au 25 mars 1942, le tribunal militaire du Gross Paris siégea rue Boissy-d’Anglas (VIIIe arr.). Quinze condamnations à mort furent prononcées dont celle de Jean Lebon, et de Lucienne Hébert et Florentine Berson pour « intelligence avec l’ennemi ». Après le verdict, il déclara à sa femme Gilberte : « Le commissaire assistait au procès avec un autre inspecteur. Il a chargé continuellement les inculpés au cours de l’audience, et il a réclamé la peine de mort contre moi. »
Début avril un papillon signé « Le Secours populaire » fut lancé à la volée dans les rues de plusieurs villes : « Sauvez Lebon, Hany, Dubuis, Hébert et les autres patriotes de Nanterre condamnés à mort par les Allemands ». La veille de son exécution, Gilberte Lebon vit pour une dernière fois son mari. Il lui dit en parlant du commissaire et de l’inspecteur : « Ce sont ces fumiers qui ont réclamé contre nous la peine de mort. »
Les douze condamnés à mort firent face au peloton d’exécution au Mont-Valérien le 10 avril 1942 dans l’après-midi. L’abbé allemand Stock dit dans son Journal de guerre, « La plupart des communistes moururent en criant : "Vive le Parti communiste ! etc." ». Voir Félix Pozzi.
Jean Lebon fut inhumé à Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne). Après la Libération sa femme témoigna devant la commission d’épuration de la police. Jean Lebon figura sur le monument aux morts au parc des Anciennes Mairies à Nanterre. La mention « Mort pour la France » fut accordée par le ministère des Anciens Combattants.
Sources

SOURCES : Arch. PPo., BA 1928 ; BA 2117 ; Carton 21 tracts 1942 ; CB 90.31 ; KB 10 ; KB 85 ; 77W 3124. – DAVCC, Caen, Boîte 5 (Notes Thomas Pouty). – Site Internet Mémoire des Hommes. – Mémorial GenWeb. – Franz Stock, Journal de guerre. Écrits inédits de l’aumônier du Mont Valérien, Cerf, 2017, p. 78. — État civil, Nanterre.

Daniel Grason

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