Né le 29 juin 1900 à Garchizy (Nièvre), fusillé le 7 janvier 1944 au champ de tir de Challuy-Nevers (Nièvre) ; mécanicien-garagiste ; résistant au sein de Résistance-Fer, du Bureau des opérations aériennes (BOA) dans la Nièvre et du réseau Turma-Vengeance.

Francis Bar
Fils d’Émile Bar, boulanger natif de Patinges (Cher) et de Victorine Bertrand, ménagère, Francis Bar naquit dans le village de sa mère Garchizy ; il se maria le 14 novembre 1925, à Nevers avec Bérangère Petit, le couple eut neuf enfants. Il résidait à La Charité-sur-Loire où il tenait un garage de réparations automobiles.
Francis Bar participa à la Résistance au sein de Résistance-Fer à partir de septembre 1942 et du BOA région CDP3, du mois d’août au mois de septembre 1943. Il fut également membre du réseau Turma-Vengeance.
Il participa à des transports d’armes parachutées par les Britanniques ; recherché, il quitta son domicile à l’automne 1943.
Arrêté à La Charité, le 18 novembre 1943 par la Sipo-SD pour « dépôt d’armes et activité de franc-tireur », il fut interné à Nevers puis transféré à Moulins avant d’être ramené à Nevers.
Condamné à mort pour « acte de franc-tireur » par le tribunal allemand de Nevers (FK 568) le 28 décembre 1943, son recours en grâce lui fut refusé.
Francis Bar a été fusillé à 8 h 32 en même temps qu’André Charmillon, Romain Mollot, tous les deux membres du BOA, Charles Chevalier, Quinto Elmetti et Jean-Marie Neuville.
Dans sa dernière lettre, il demandait à sa femme de poursuivre l’activité du garage, de ne pas se remarier et après guerre de se faire inhumer dans un caveau au cimetière de sa commune natale Garchizy. Ce fut fait le 18 octobe 1944.
Reconnu « Mort pour la France » le 7 janvier 1944, il fut homologué sous-lieutenant des Forces françaises de l’intérieur (FFI) à titre posthume en 1948.
Une rue porte son nom à La Charité-sur-Loire et à Garchizy.Son nom est gravé sur les plaques et monuments dans ces deux communes.
Ses fils Arsène (né le 9 janvier 1926, mort le 27 juillet 1986, mécanicien) et Paul (né le 16 août 1927, mort le 28 avril 1999, agent EDF) étaient des résistants FTPF.
Arsène , fils aîné de Francis, jeune communiste, fut membre du Front national et des FTPF groupe 207 de La Charité. Il participa à des sabotages et des déraillements avec son frère Paul. Après l’arrestation de leur père, Arsène et Paul, rejoignirent les îles de la Loire à Argenvières, où était installé un cantonnement sous le commandement de Roland Champenier*.
Francis Bar travaillait au garage avec son fils Arsène. Le garage survécut jusqu’en juin 1946, date à laquelle, une nuit, il brûla. La famille habitait rue de Chazué qui devint rue Francis-Bar.
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Dernière lettre
 
NEVERS, LE 7 JANVIER 1944
 
Ma petite femme chérie,
 
Je suis été jugé le 28 décembre et condamné à la peine de mort
J’avais demandé mon recours en grâce et il m’a été refusé, Je dois être fusillé ce matin. Surtout sois forte et courageuse .Tout ce que je te recommande, ne te remarie pas, dis à mon fils .Arsène, qu’il soit bien sage, et tâchez de continuer à faire marcher le garage, ce sera peut-être dur pour toi, mais ce sera quand même votre gagne-pain. Tu pourras mieux finir d’élever les gosses, enfin je te laisse libre choix. Si tu veux, tu pourrais demander à vivre avec ta mère, vous pourriez vous entendre ensemble. Dis à mes deux beaux-frères qu’ils s’occupent de tes affaires pour que tu ne sois pas embêtée par tes droits de succession. Tu auras de la chance, tu auras tes 2 poupées qui plus tard te donneront la main. Le plus triste pour moi, c’est de ne pas vous avoir revus. J’ aurais cependant bien voulu vous embrasser une dernière fois.
 
Dis a mon Paul qu’il soit raisonnable, ainsi qu’a mon Tonton et qu’ils se mettent au travail afin de te donner la main pour que vous puissiez finir d’élever toute cette petite famille. Tu feras rentrer l’argent, quelques factures restent impayées et tu verras sur le livre clients celles qui ne sont pas faites. Ce. que je te recommande également, c’est de conserver ta maison de Garchizy afin que plus tard, tu puisses avoir un pied à terre. Cette maison t’appartient, elle reste en ta propriété, tu loueras les terres afin que cela te fasse un petit revenu.
 
Je te remercie de tout ce que tu as fait pour moi pendant mon séjour en prison. Je t’ai bien fait faire de la misère, mais ne m’en veut pas, surtout sois forte à ce terrible choc, songe à l’avenir des tiens, soigne ta santé et celle de tous. Tu voudras bien avertir avec ménagement cette pauvre tante qui en verra bien elle aussi avant de mourir. Tu préviendras toute la famille, Germaine, Solange et Paulette et tu les embrasseras bien pour moi.
Je te laisses avant de mourir le souvenir d’un homme qui n’a jamais fait de mal à personne et l’avenir saura le prouver. Je suis la victime de cette affreuse guerre et malheureusement tant d’autres, mais je ne recule pas devant la mort, je saurai mourir en Français qui n’a rien à se reprocher.
 
Enfin, je voudrais avant de terminer, te dire et je souhaite que tout le monde soit avec toi dans ton malheur.
 
Pour mon frère et sœur Jean ainsi qu’à toute la famille, je compte sur toi pour que tu t’occupes de toute ma famille et que tu viennes en aide et soutien à celle-ci. Je connais ton bon cœur et je t’en remercie mille fois. Je vous embrasse bien tendrement et tous les vôtres.
 
Pour mon frère et soeur Abel, aussi je compte sur vous pour apporter toute protection à votre sœur et famille. Je connais également votre générosité et vous remercie bien des fois. Je vous embrasse bien tendrement ainsi que tous.
 
A ma pauvre maman Victorine, elle que j’aimais tant. Je sais que je vais vous faire de la peine, mais pardonnez-moi, je vous demande de faire de votre mieux pour venir en aide à ceux que je laisse dans le chagrin et les peines. Je vous connais bonne et vous ferez votre devoir. A vous, je vous adresse mes plus tendres baisers.
 
Ma femme adorée, je veux encore une fois te dire d’être forte. Comme je te l’ai déjà dit ne te remarie pas, garde toujours en souvenir mon coeur meurtrie reste fidèle a nos traditions communes
 
Je laisse comme linge et objet, mon pardessus, pantalon, mon pull-over, une paire de chaussettes, un caleçon, mon porte-feuille et diverses affaires que l’on te fera parvenir. Une couverture.
 
Je te demande, quand la guerre sera finie de demander mon corps. Tu me feras transporter à Garchizy. Tu voudras bien me faire faire un caveau 2 places, je voudrais être avec toi, nous l’aurons bien mérité. Je te demande qu’à faire ces frais, tu auras assez avec tant d’autres ; Je t’en remercie beaucoup
 
Je vais te quitter pour la dernière fois, pas sans oublier de-te dire courage. Embrasse mes 2 filles chéries, tous mes enfants adorés que j’aimais tant et que j’aurais voulu voir grandir, que c’est triste de mourir.
 
A toi, ma femme adorée, celle que j’ai tant aimée, je t’adresse pour la dernière fois mes plus Tendres baisers.
 
Ton mari qui ne t’a jamais oubliée ; je vous embrasse tous une dernière fois.
 
Francis Bar

Nevers, champ de tir de Challuy (12 janvier 1942-30 juin 1944)
Sources

SOURCES : DAVCC, Caen, B VII 988 (Notes Thomas Pouty). – Arch. Dép. Nièvre, 999W1961. – Pierre Demongeot, Les FTPF du groupement Cher et Nièvre dans la bataille de la Libération, Nevers 1975. – Jean-Claude Martinet Histoire de l’Occupation et de la Résistance dans la Nièvre 1940-1944. Dijon, Éd. universitaires de Dijon, 2015.p.120,179,201. — État civil. — Témoignage de son fils Yves, septembre 2015.

Jean-Pierre Besse, Annie Pennetier

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