Le mémorial des fusillés du fort Penthièvre se dresse à l’entrée de la presqu’île de Quiberon, sur le territoire de la commune de Saint-Pierre Quiberon (Morbihan). Intégré au dispositif du Mur de l’Atlantique, le fort Penthièvre se trouvait dans le périmètre de la poche de Lorient (Morbihan) tenue par la Wehrmacht jusqu’au 7 mai 1945, date de la signature de la capitulation de l’Allemagne nazie à Reims (Marne) et de la reddition à Etel (Morbihan) des troupes allemandes commandées par le général Fahrmbacher. Ce fort où siégeait un tribunal militaire allemand spécial, a servi jusqu’à cette date de lieu de détention et d’exécutions. Soixante dix patriotes y ont été fusillés après condamnation à mort ou exécutés sans jugement.

Le monument commémoratif de fort de Penthièvre
« Aux martyrs du fort Penthièvre, les Français reconnaissants - Résistance de 1944 »
La plaque scellée à l’entrée de la galerie souterraine où furent entassées les corps des cinquante fusillés du 13 juillet 1944
« À la mémoire des cinquante patriotes des Forces françaises de l’intérieur martyrisés et lâchement assassinés par les Allemands le 13 juillet 1944 et découverts dans cette fosse le 16 mai 1945 »
L’entrée de la galerie, la plaque commémorative et les panneaux d’information
La croix érigée au fond de la galerie souterraine transformée en crypte
Plaques déposées au pied du monument du fort Penthièvre sur lesquelles sont gravées les noms des fusillés-exécutés des 13 et 26 mai 1944 et du 13 juillet 1944
« À la mémoire des 10 fusillés inconnus dont les restes furent retrouvés le 9 juillet 1944 »
(Plaque apposée au pied du monument de fort Penthièvre)
Le monument érigé dans le cimetière de Locminé pour honorer la mémoire des 25 patriotes de cette commune fusillés au fort Penthièvre
À Saint-Pierre Quiberon (Morbihan), une salle de torture avait été aménagée dans le fort Penthièvre où les détenus subissaient les sévices du lieutenant SS Sülling : la pendaison par les pieds, les coups de bâton, le supplice de la baignoire et l’arrachage des ongles. Cet officier géorgien, appartenant à une « unité de l’Est » formée de volontaires armés par la Werhmachtt, a été accusé en 1945 d’avoir assassiné cinq détenus dont deux ont été brûlés vifs après avoir été arrosés d’essence.

Le 11 juillet 1944, devant l’avance des troupes américaines, le chef de la Gestapo de Vannes (Morbihan) donna l’ordre au colonel Reese, officier de la Wehrmacht, d’exécuter 52 détenus de la prison surpeuplée de Vannes, située place Nazareth. Le major Esser, chef de bataillon de la défense côtière, chargé d’exécuter cet ordre, fit transférer cinquante détenus — pour la plupart résistants appartenant aux Forces françaises de l’intérieur (FFI) et aux Francs-tireurs et partisans français (FTPF) —, de la prison de Vannes jusqu’au fort Penthièvre, où ils ont été exécutés le 13 juillet 1944. Les détenus de la prison de Vannes, parmi lesquels se trouvaient vingt-cinq résistants de Locminé, ont été emmenés deux par deux devant les pelotons d’exécution composés de SS géorgiens placés sous le commandement du lieutenant Wassilenko.
Les corps des résistants exécutés sans jugement, dont certains agonisaient encore, furent jetés dans un une galerie souterraine d’une trentaine de mètres creusée à cet effet à partir d’un tunnel préexistant de quelques mètres. Cette galerie fut ensuite refermée par trois murs distants de trois mètres les uns des autres et séparés par de la terre.

Le 16 mai 1945, neuf jours après la reddition de la poche de Lorient, cinquante cadavres en état de décomposition avancée furent exhumés par des prisonniers de guerre allemands en présence du docteur Dorso, médecin légiste, et du médecin capitaine Wolfrom. Les corps étaient entassés les mains liées par des fils de fer dans le dos ou sur la tête.

Sur une plaque de marbre blanc érigée près de l’entrée de la galerie où fut découvert le charnier, sont gravés les noms, prénoms, âges de ces cinquante patriotes classés par commune d’origine :

« À la mémoire des cinquante patriotes des Forces française de l’intérieur martyrisés et lâchement assassinés par les Allemands le 13 juillet 1944 et découverts dans cette fosse le 16 mai 1945 :
- FALLOT Léon, 43 ans, Locminé (Morbihan)
- SAMSON Aristide, 31 ans, Locminé (Morbihan)
- LENORMAND Jacques, 45 ans, Locminé (Morbihan)
- LE MAGUET Jules, 43 ans, Locminé (Morbihan)
- THÉBAUD Joachim, 39 ans, Locminé (Morbihan)
- LAMOUR Joachim, 38 ans, Locminé (Morbihan)
- QUILLERÉ Mathurin, 38 ans, Locminé (Morbihan)
- DANTEC Marcel, 37 ans, Locminé (Morbihan)
- LOLON Georges, 32 ans, Locminé (Morbihan)
- MARTIN Jean, 30 ans, Locminé (Morbihan)
- ETHORÉ Antoine, 28 ans, Locminé (Morbihan)
- HILARY Félix, 27 ans, Locminé (Morbihan)
- CARO Albert, 26 ans, Locminé (Morbihan)
- NAËL Jean, 26 ans, Locminé (Morbihan)
- GUILLO Édouard, 24 ans, Locminé (Morbihan)
- LE BELLOUR Joseph, 24 ans,Locminé (Morbihan)
- LE FOULGOC Laurent, 24 ans, Locminé (Morbihan)
- GALERNE Pierre, 23 ans, Locminé (Morbihan)
- LE BRAZIDEC Yves, 23 ans, Locminé (Morbihan)
- LOHÉZIC Gaston, 22 ans, Locminé (Morbihan)
- BUSSON Georges, 21 ans, Locminé (Morbihan)
- SIMON Charles, 20 ans, Locminé (Morbihan)
- LE ROUX Roger, 19 ans, Locminé (Morbihan)
- SAMSON Joseph, 17 ans, Locminé (Morbihan)
- LE PENNEC André, 17 ans, Locminé (Morbihan)
- Docteur LE COQ Jean, 32 ans, Plumelec (Morbihan)
- JÉGO Mathurin, 48 ans, Plumelec (Morbihan)
- LEMAIRE Paul, 33 ans, Plumelec (Morbihan)
- MOUNIER Henri, 23 ans, Plumelec (Morbihan)
- BRULÉ Jean, 21 ans, Plumelec (Morbihan)
- MARÉCHAL Jean, 21 ans, Plumelec (Morbihan)
- PICHOT Robert, 19 ans, Plumelec (Morbihan)
- LE GAL Henri, 19 ans, Plumelec (Morbihan)
- GASNIER Gilbert, 22 ans, Vannes (Morbihan)
- PENPENNIC Jules, 21 ans, Vannes (Morbihan)
- LE BIHAN Léon, 20 ans, Vannes (Morbihan)
- TELLIER Marcel, 21 ans, Molac (Morbihan)
- DANIEL Armand, 21 ans, Molac (Morbihan)
- MONNIER Eugène, 25 ans, Molac (Morbihan)
- MONNIER Eugène Ange, 25 ans, Pleucadeuc (Morbihan)
- PIQUET Albert, 20 ans, Pleucadeuc (Morbihan)
- DAVID Eugène, 39 ans, Nantes (Loire-Inférieure, Loire Atlantique)
- LE GUÉNÉDAL Pierre, 25 ans, Baden (Morbihan)
- PÉRESSE Albert, 22 ans, Languidic (Morbihan)
- MOREL Émile 21 ans, Malestroit (Morbihan)
- TUFFIGO Maxime, 18 ans, St-Pre-Quiberon (Saint-Pierre-Quiberon, Morbihan)
- DUFILS Joseph (orthographié par erreur DUFFILS) , 18 ans, Carcassonne (Aude)
- MARRADOUR Victor, 18 ans, Brest (Finistère, ce nom ne figure pas sur le monument commémoratif du fort Penthièvre)
- CADORET Albert, 25 ans, Grand-Champ (Morbihan)
- JUILLARD Arsène (orthographié par erreur GUILLARD), 25 ans, Massérac (Loire-Inférieure, Loire Atlantique)
Souvenez-vous »

Le 5 juin 1946, les vingt-cinq corps des résistants de Locminé fusillés au fort Penthièvre ont été ramenés dans leur commune, où se sont déroulées des obsèques solennelles au cours d’une messe en plein air qui a rassemblé près de 8 000 personnes. Ils ont été ensuite inhumés dans une fosse commune, en attendant la construction d’un mausolée.

Le 11 juillet 1948, un monument a été inauguré devant le fort Penthièvre. Conçu par Raymond Cornon, architecte des monuments historiques, il a été érigé par l’entrepreneur P. Le Corre. Il est constitué d’un obélisque en pierres de granit taillées par le carrier A. Bertrand, surmonté d’une Croix de Lorraine. Au pied de cet obélisque sont posées trois dalles. Sur une dalle centrale on peut lire l’inscription :
« Aux martyrs du Fort Penthièvre, les Français reconnaissants - Résistance de 1944 ».
Elle est encadrée par deux dalles sur lesquelles sont gravés par ordre alphabétique les noms, initiales des prénoms, lieux de résidence des cinquante détenus de la prison de Vannes exécutés sans jugement le 13 juillet 1944, mais aussi dix autres noms de fusillés qui n’avaient pas pu être identifiés en 1945 ou qui ont été exhumés après la guerre.

- CAILLOT Alexandre, Quily (Morbihan, fusillé le 23 mai 1944)
- CAILLOT Gabriel, Quily (Morbihan, fusillé le 23 mai 1944)
- DUROX André, Néant-sur-Yvel (Morbihan, fusillé le 23 mai 1944)
- GAUTHIER Joseph, Mohon (Morbihan, fusillé le 23 mai 1944)
- HERVÉ Pierre, Mohon (Morbihan, fusillé le 23 mai 1944)
- JOLIVET Alphonse (orthographié par erreur JOLLIVET), La Chapelle-Caro, (Morbihan, fusillé le 19 mai 1944)
- LE GAL Henri, La Chapelle-Caro (Morbihan, fusillé le 19 mai 1944)
- MAHÉ Victor, Brest (Finistère, fusillé en juillet 1944)
- PERRON Joseph, Bubry (Morbihan, fusillé le 28 avril 1944)
- TRÉHIN Jean, Landévant (Morbihan, fusillé le 23 ou le 25 mai 1944)

Le 9 juillet 1957, dix corps ont été retrouvés qui n’ont pu être identifiés :
- INCONNU 1
- INCONNU 2
- INCONNU 3
- INCONNU 4
- INCONNU 5
- INCONNU 6
- INCONNU 7
- INCONNU 8
- INCONNU 9
- INCONNU 10

Une plaque apposée au pied du monument commémoratif du fort Penthièvre honore leur mémoire :
« À la mémoire
des 10 fusillés inconnus
dont les restes ont été découverts
le 9 juillet 1957 »

Chaque année, le 13 juillet, une cérémonie commémorative se déroule au pied du monument et une messe est célébrée dans les douves du fort près de la galerie où les corps des résistants exécutés ont été retrouvés.
Sources

SOURCES : Arch. Dép. Morbihan, 1526 W 229, 41 J 46 et 47. — Signalétique de la crypte du Fort Penthièvre. — " Plus de 50 cadavres ont été découverts dans le charnier du Fort de Penthièvre les poings liés derrière la tête par des fils de fer ", Le Télégramme de Brest et de l’Ouest, 17 mai 1945. — Ami entends-tu… Bulletin de liaison et d’information de l’ANACR, numéros 16 (2e semestre 1971), 22 (1er semestre 1973), 28-29 (1er semestre 1975), 31 (2e semestre 1975), 52 (2e semestre 1982), 78 (3e trimestre 1991), 106 (3e trimestre 1998), 118 (3e trimestre 2001) et 157 (3e trimestre 2012). — Roger Leroux, Le Morbihan en guerre 1939-1945, Joseph Floch imprimeur-éditeur, Mayenne, 1978. — Joseph Jégo, 1939-1945 Rage Action Tourmente au Pays de Lanvaux, Imprimerie La Limitrophe, 1991. — Le Morbihan en guerre 1939-1945, Archives départementales du Morbihan, 2009. — " Lieux mémoriels en Morbihan-Citadelle de Penthièvre ", dossier en ligne sur le site Internet Les Amis de la Résistance du Morbihan, ANACR-56, sans date.

Jean-Pierre Husson, Jocelyne Husson

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