Le village de Kergoët, situé sur le territoire de la commune de Langoëlan fait partie de ces nombreux lieux de combat, d’exécution et de mémoire qui jalonnent le département du Morbihan.

Le site de Kergoët en Langoëlan
La Bataille de Kergoët - 1er juillet 1944
Le monument de Kergoët
« À la mémoire des patriotes victimes du combat de Kergoët - 1er juillet 1944 »
Plaques en hommage aux FFI tués au combat après avoir combattu le 1er juillet 1944 à Kergoët
Plaque commémorative apposée en 1994
« La mémoire de l’homme est fragile - Ami n’oublie jamais »
Plaque en hommage à Germain Guilloux
Hommage à la famille Henry d’Aubert
Au début du mois de juin 1944, le 2e Régiment de chasseurs parachutistes (RCP) ou 4e SAS (Special air service) des Forces françaises libres (FFL) fut largué dans le secteur de Plumelec-Sérent-Saint-Marcel-Malestroit (Morbihan). Sa mission était de fixer les troupes allemandes stationnées dans le Morbihan, afin d’empêcher ou au moins de retarder l’arrivée des renforts allemands sur le front de Normandie. Plusieurs milliers de résistants appartenant aux Forces françaises de l’intérieur (FFI) et aux Francs-tireurs et partisans français (FTPF) furent regroupés et armés dans le camp de Saint-Marcel qui recevait chaque nuit des parachutages d’hommes, d’armes, de munitions et de Jeep. Le commandant Pierre Bourgoin, chef du 4e SAS et le colonel Morice, chef des FFI du Morbihan, établirent leur quartier général à la ferme de La Nouette située sur le territoire de la commune de Sérent. Dans la nuit du 17 au 18 juin 1944, considérant que cette concentration devenait très dangereuse et qu’il fallait plutôt privilégier la guérilla, le commandement interallié donna, mais trop tard, l’ordre de dispersion.
Le 18 juin 1944, le camp de Saint-Marcel où étaient stationnés un peu plus de deux mille FFI encadrés par deux cents SAS, fut attaqué en force par la Wehrmacht. Après avoir livré combat durant toute la journée en infligeant de lourdes pertes aux troupes allemandes, parachutistes SAS et FFI se replièrent en bon ordre et se dispersèrent.
Après cette dispersion, la Feldgendarmerie, la Wehrmacht appuyée par de nombreux détachements de soldats russes, géorgiens et ukrainiens rassemblés dans les « unités de l’Est », les agents de l’Abwher (service de renseignements de la Wehrmacht) et du SD (Sicherheitsdienst), service de sûreté et de renseignements de la Gestapo, ainsi que leurs auxiliaires français, les miliciens du Bezen Perrot et du Parti national breton, se lancèrent dans une traque implacable des parachutistes SAS, des FFI-FTPF, de leurs dépôts d’armes, et de tous ceux qui les hébergeaient et les ravitaillaient. Rafles, arrestations, tortures, et exécutions sans jugement de SAS et de résistants, incendies de fermes, pillages et massacres de civils se multiplièrent dans tout le département du Morbihan.

Le 1er juillet 1944, des troupes allemandes venues de Guémené (Morbihan) investirent le bourg de Langoëlan (Morbihan). Les habitants comprirent tout de suite que cette irruption d’environ 300 soldats allemands et géorgiens ciblait le village de Kergoët situé à 2 kilomètres du bourg, où Joseph Le Padellec hébergeait dans sa ferme le sergent Fernand Bonis, parachutiste SAS, ainsi qu’une vingtaine de maquisards de Langoëlan et de Lescouët-Gouarec, Mellionnec (Côtes-du-Nord, Côtres-d’Armor). Le jeune Germain Guilloux courut à Kergoët donner l’alerte aux maquisards qui évacuèrent la ferme.
Jean Le Gouar, placé en sentinelle fut le premier tué. François Pimpec qui dormait dans le grenier, fut réveillé en sursaut par l’arrivée des Allemands dans la ferme. Il descendit du grenier par l’échelle et fut abattu. Le fermier Joseph Le Padellec interrogé, battu, torturé, fut exécuté tandis que son épouse et ses trois enfants étaient enfermés dans la grange puis emmenés par les Allemands. Encerclés, les maquisards engagèrent le combat et purent se dégager et se replier avec l’aide de la Compagnie FTPF commandée par Désiré Le Troher [capitaine Alexandre] et le groupe FFI de Guémené commandé par le chef de section François Le Guyader, appelés en renfort.
Les soldats allemands et géorgiens qui avaient subi des pertes importantes (une trentaine de soldats tués dont trois officiers et de nombreux blessés), pillèrent et incendièrent la ferme à l’intérieur de laquelle avaient été jetés les corps de Jean Le Gouar, de Joseph Le Padellec et de François Pimpec.
Fernand Bonis qui avait été capturé et n’était que blessé fut jeté dans le brasier.
François Le Guyader, fut fait prisonnier et incarcéré dans l’école Sainte-Barbe du Faouët (Morbihan) où une prison avait été aménagée dans la cave. Il y fut torturé avant d’être condamné à mort par une cour martiale et fusillé dans le bois de Landordu à Berné (Morbihan), le 6 juillet 1944.
François Quintrix du groupe FFI de Guémené, qui s’était réfugié après les combats de Kergoët dans les dépendances du château de Trégarantec en Mellionnec (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor), fut arrêté le lendemain 2 juillet 1944, puis conduit lui aussi à l’école Sainte-Barbe du Faouët, torturé et condamné à mort de façon expéditive. Le 11 juillet 1944, il fit partie des six résistants sortis brutalement de leurs cellules et exécutés dans un chemin creux au village de Kerstang-Combout sur le territoire de la commune de Querrien (Finistère).

Après la guerre à Kergoët en Langoëlan, un monument a été élevé près des ruines de la ferme de la famille Le Padellec. Il est constitué d’un petit obélisque de granit sur lequel est gravée une Croix de Lorraine et scellée une plaque portant l’inscription « À la mémoire des patriotes victimes du combat de Kergoët - 1er juillet 1944 » suivie de la liste de six résistants :

- « LE GUYADER François, chef de sion [section] (fait prisonnier et exécuté le 6 juillet 1944 à Berné, Morbihan)
- BONIS Fernand, sgt [sergent] parachutiste (tué au combat le 1er juillet 1944 à Kergoët en Langoëlan)
- LE GOUAR Jean (mort au combat le 1er juillet 1944 à Kergoët en Langoëlan)
- PIMPEC François (abattu le 1er juillet 1944 à Kergoët en Langoëlan)
- LE PADELLEC Joseph (exécuté le 1er juillet 1944 à Kergoët en Langoëlan)
- QUINTRIC François (en réalité QUINTRIX François, exécuté le 11 juillet à Querrien, Finistère) »

Au pied du monument sont scellées quatre plaques de marbre blanc sur lesquelles sont gravées les communes d’origine, noms, prénoms et date de décès de quatre FFI qui, après avoir participé au combat de Kergoët, ont été tués ultérieurement au combat :

« Langoëlan (Morbihan)
- DRUMEL Marcel, tué le 5 août 1944 (à Ploërdut, Morbihan)
- RIVALLAIN Pierre, tué le 9 septembre 1944 (à Lanester, Morbihan)

Lescouet-Gouarec (Morbihan)
- LE MANER Louis, tué le 5 août 1944 (à Ploërdut, Morbihan)

Mellionnec (Côtes du Nord, Côtes d’Armor)
- MAUBRÉ Guillaume, sgt-chef tué front de Lorient, 8 avril 1945 »

En 1994, une plaque commémorative a été scellée à l’arrière du monument sur laquelle est gravée l’inscription :
« Cinquantenaire du combat de Kergoët. La mémoire de l’homme est fragile. Ami n’oublie jamais. 1994 ».

Une cérémonie commémorative est organisée devant ce monument tous les deux ans, le premier samedi du mois de juillet.

La famille Henry d’Aubert, propriétaire du site en a fait don à la Résistance.
En 2015, les fondations de la ferme qui avaient été ensevelies sous les gravats et les ronces après l’incendie, ont été dégagées par des bénévoles. La commune de Langoëlan a entrepris de relever partiellement les murs, de reconstituer la porte et la cheminée ou fut réinstallée la marmite qui a servi à la préparation du dernier repas des maquisards. Pour réaliser ces travaux, elle s’est associée aux communes de Lescouët-Gouarec et de Mellionnec (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor) d’où étaient originaires, et elle a fait appel à l’association internationale Concordia, qui œuvre pour la réconciliation des peuples.

Au cours de l’été 2015, des jeunes Russes, Anglais et Allemands appartenant à cette association sont venus sur le site de Kergoët participer avec les bénévoles de ces trois communes à l’aménagement du site. Un panneau d’information dressé devant la ferme partiellement reconstruite retrace les circonstances de la « Bataille de Kergoët » :
« Vous qui passez et qui découvrez cette histoire tragique, nous vous remercions d’honorer par votre présence la mémoire des victimes de la barbarie et à travers elles, les victimes de toutes les guerres. La mémoire de l’Homme est fragile, Ami, n’oublie jamais ».
Sources

SOURCES : Arch. Dép. Morbihan, 41 J 46 et 47. — Ami entends-tu , ANACR-56, numéros 151 (4e trimestre 2009) et 157 (3e trimestre 2012). — Franck Baudoin, " Incendiée par les Allemands en juillet 1944, la maison des maquisards retrouvée ", Pontivy Journal, 7 mai 2015. — Roger Leroux, Le Morbihan en guerre 1939-1945, Joseph Floch imprimeur-éditeur, Mayenne, 1978. – Joseph Jégo, 1939-1945 Rage Action Tourmente au Pays de Lanvaux, Imprimerie La Limitrophe, 1991. — Françoise Morvan, Miliciens contre maquisards-Enquête sur un épisode de la Résistance en Centre-Bretagne/i>, Éditions Ouest-France, 2010. — Kristian Hamon, Le Bezen Perrot : 944, des nationalistes bretons sous l’uniforme allemand, Yoran Embanner, 2005 et Agents du Reich en Bretagne, Morlaix, Skol Vreizh, 2011. — René Le Guénic, Les Maquisards chez nous en 1944 et Morbihan, Mémorial de la Résistance, Imprimerie Basse Bretagne, Quéven, 2013. — " Lieux mémoriels en Morbihan-Langoëlan " et " 1er juillet 1944 : Le massacre de Kergoët ", dossiers en ligne sur le site Internet Les Amis de la Résistance du Morbihan, ANACR-56. — " La bataille de Kergoët - 1er juillet 1944 ", panneau d’information du site mémoriel de Kergoët en Langoëlan.

Jean-Pierre Husson, Jocelyne Husson

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