La Gestapo épaulée par la Milice exécuta le 14 juin 1944 à Saint-Georges, arrondissement de Saint-Flour (Cantal), vingt-cinq civils de Saint-Flour et de Murat en représailles de la mort lors d’un affrontement du chef de la Gestapo de Murat.

Après le débarquement allié sur les côtes normandes le 6 juin 1944, les perspectives de la Libération semblaient plus proches. Dans le secteur de Murat et de Saint-Flour dans le Cantal des actions nombreuses étaient menées contre les occupants. Les allemands réquisitionnèrent début juin l’école du Sacré-Cœur de Saint-Flour, ils y installèrent la Kommandantur dans la bibliothèque, la cave à charbon servit de prison. Un détachement de 150 hommes de la Wehrmacht logea dans l’établissement.
Trois inspecteurs de la Surveillance du territoire : René Chapoulet, Georges Badoc et Pierre Bergeret venus de Clermont-Ferrand dans le Puy-de-Dôme avaient été envoyés à Saint-Flour. Ils étaient chargés de négocier la reddition de soldats allemands. Ils logeaient et prenaient leur repas bien imprudemment à l’Hôtel Loussert ou des officiers allemands faisaient de même. Le 6 juin deux gradés allemands vérifiaient l’identité des trois hommes et demandèrent la raison de leur présence à Saint-Flour. « En mission… » la réponse d’un policier était concise et sobre. Pour détendre l’atmosphère les allemands offrirent l’apéritif et les français une bouteille de vin blanc. Nouvel échange d’amabilité entre les deux groupes à midi le 8 juin.
Le même jour vers 19 heures 30, changement d’attitude, alors que René Chapoulet, Georges Badoc et Pierre Bergeret prenaient leur repas en compagnie de Raymond Chalvignac, employé à la SNCF et André Trouillard, inspecteur des métaux non-ferreux, ils étaient interpellés à l’Hôtel Loussert par deux officiers accompagnés d’une trentaine de soldats et d’un interprète qui cria « Haut les mains ! ». L’opération était dirigée par le capitaine Deck, chef de la Kommandantur. Fouillés, puis conduits à la Kommandantur, très probablement rudement interrogés, ils étaient écroués à la Maison d’arrêt.
Le 10 juin, la Gestapo et la Milice arrêtèrent à Saint-Flour une quarantaine d’habitants, parmi lesquels figurent trois membres de la famille Mallet, l’épouse du docteur, sa fille et l’un de ses fils, Pierre.
Le 11 juin vers 17 heures, les trois policiers étaient transférés à l’Hôtel Terminus réquisitionné depuis le 10 juin vers 23 heures 55. Le lendemain matin, 150 hommes de la Wehrmacht et 20 membres de la Franc garde venus du midi arrivaient, ces derniers étaient dirigés par le caporal Viaud, ex-employé de l’atelier de réparations de la SNCF à Tours (Indre-et-Loire).
Le 12 juin une opération contre la résistance était menée à Murat. Hugo Geissler ex-avocat en Allemagne avant- guerre, capitaine SS, menait les opérations. Il s’occupa dès 1941 de la pénétration de la Sipo-SD (police de sécurité et service de sécurité du parti nazi) en Zone non-occupée. Il contrôla une centaine de Vertrauen Mann VM (homme de confiance), et en partie le service de renseignements du Parti populaire français (PPF).
Après l’assassinat le 4 juin 1942 de Reinhard Heydrich à Prague en Bohême-Moravie, il dirigea la répression qui fut féroce, puis revint à Vichy. Il impulsa la chasse aux résistants de l’Armée secrète, arrêtera en personne le colonel de la Rocque à Clermont-Ferrand le 9 mars 1942 et cent cinquante-deux responsables du Parti social français (PSF), il s’occupa de la répression contre les résistants du réseau Alliance dans la région… Le 12 juin 1944 lors des combats à Murat, les résistants abattaient Hugo Geissler.
À la tête des miliciens, Jany Batissier qui était un ancien inspecteur de police de Nice (Alpes-Maritimes). Il avait été membre du Comité secret d’action révolutionnaire (CSAR), nommé communément La Cagoule, organisation dirigée par Eugène Deloncle. Le gouvernement le suspendu de ses fonctions en 1938. Sous l’occupation allemande, il fut affecté à la protection de l’Amiral Darlan, adhéra au Parti populaire français de Doriot. Adoubé par Hugo Geissler, il fit partie d’un Kommando de la Sipo-SD (KdS), puis Vertrauen Mann VM (homme de confiance principal), sous le nom de capitaine Schmitt. Il collabora aux opérations de la police allemande dans la lutte contre l’Armée Secrète (AS) et le réseau Alliance, retourna plusieurs résistants. Jany Batissier sera réintégré sur ordre, dans les cadres de la police régionale d’État de Nice. Titulaire de la médaille militaire et de la croix de guerre 1939-1940, Darnand le récompensera le 24 avril 1944 de ses « bons services », et le nommera commissaire de la Sûreté.
Au cours des journées du 10, 11 et 12 juin le nombre total des personnes arrêtées s’éleva à cinquante-trois dont sept femmes. Dans la nuit du 13 au 14 juin, alors que les combats font encore rage à Saint-Flour, un conseil de guerre se réunissait à l’hôtel, et condamnait vingt-cinq prisonniers à mort. Tous avaient été désignés par le capitaine Deck, chef de la Kommandantur, le capitaine Hartmann et le lieutenant Kross. Parmi les condamnés, il y avait : quatre juifs : Marcel Grawold, Roger Grawold, Edgard Lévy et Raymond Winter, deux musulmans Belarbi et un inconnu. Parmi ceux-là, se trouvaient des civils et des résistants.
Le 14 juin au petit matin, les vingt-cinq otages furent emmenés dans deux camionnettes au pont de Soubizergues, commune de Saint-Georges à deux kilomètres environ de Saint-Flour. Ils étaient abattus dans le dos avec des fusils mitrailleurs. Un coup de grâce avait été donné dans la nuque avec des revolvers de calibre 9 mm et 6,35 mm. Les vingt-cinq corps étaient alignés, étendus face contre terre.
Suivant les ordres donnés par le chef de la Kommandantur Deck, les cadavres ont été inhumés sur place. Un peloton de la Milice creusa une fosse de quinze mètres de long, de deux mètres de large et soixante-dix centimètres de profondeur. Le médecin légiste identifia vingt corps sur vingt-cinq. L’identité de chacun a été inscrite sur un papier et placé dans un tube de verre posé à côté de chaque corps.
Les Allemands quittèrent Saint-Flour dans la nuit du 23 au 24 août 1944. Le 27 août 1944 eut lieu la première cérémonie à Soubizergues, en présence de 8 000 personnes.
Une enquête fut diligentée par le Commissariat à la Surveillance du Territoire. Une douzaine de personnes ont été auditionnée, ce qui a permis de reconstituer la chronologie des évènements. Selon un témoin les officiers allemands firent croire au trois inspecteurs de police qu’ils les arrêtaient pour les protéger du maquis.
Deux femmes étaient soupçonnées d’avoir renseignés les allemands. Aucune n’avait d’engagement politique, elles subvenaient à leurs existences, l’une par son travail, l’autre des mandats conséquent que lui adressait régulièrement son mari qui travaillait dur. Fort heureusement elle avait conservé les talons des mandats. Elle affirma dans une lettre dactylographiée préparée à l’intention des policiers, n’avoir « jamais donné personne aux allemands. » Elle exprimait des regrets vis-à-vis de son mari : « C’est d’ailleurs ce dont j’ai le plus honte puisque je faisais souffrir mon mari pour moi faire la belle Dame et fumer cigarette sur cigarette. Enfin je n’en veux à personne. Ceux qui me jugent se basent sur des faux bruits. Ils font ce qu’ils croient être leur devoir, ils ont beaucoup souffert, je ne leur en veux pas du tout, au contraire, je prie Dieu pour que le Devoir qu’ils se sont imposés leur donne un bon résultat. »
Le 14 juin 1946 en présence des autorités civiles et militaires départementales et des associations d’Anciens Combattants et Victimes de Guerre. Il se compose de vingt-cinq stèles et d’une pierre dressée. Sur chacune des stèles a été gravé le nom et l’âge de la victime, à l’exception de quatre qui portent un « inconnu ».
Sur une pierre dressée en forme de tronc de pyramide, une croix de Lorraine avec cette mention : « Le 14 juin 1944, au bas de ce talus, 25 patriotes furent fusillés par les Allemands », sur l’autre face, une croix de Lorraine et l’inscription : « A nos Martyrs ». Les responsables de ce mémorial soulignent que cette commémoration qui se déroule à six heures du matin « est très émouvante car les participants se replacent dans les mêmes circonstances : l’heure - c’est encore la nuit, la brume, le silence qui pèse, la présence des anciens combattants, des enfants et petits-enfants des victimes, des collégiens qui éteignent leur torche les uns après les autres, symbolisant les pertes de chaque vie pour notre liberté. Les victimes, dont certaines n’avaient que seize ans ou vingt ans, étaient d’origines et de confessions différentes.
Le milicien Jany Batissier figurait sur la liste des criminels de guerre recherchés par les services alliés. Il fut arrêté, jugé par la cour de justice de Moulins (Allier), le 16 avril 1946. Condamné à mort le 18 avril 1946, il a été fusillé le 18 juillet 1946 à Nevers (Nièvre).
Les 25 exécutés par ordre alphabétique :
BADOC Georges
BAUDART Jean
BECQUET
BEL ARBI ou BELARBI
BERGERET Pierre
BUCHE Michel
CHALVIGNAC Raymond
CHEYROUSE Joseph
DELQUIÉ Pierre
GRADWOHL Marcel
GRADWOHL Roger
INCONNU Algérien
INCONNU
INCONNU
LEBER Charles
LEVY Edgard
MALLET Pierre
PASCAL Joseph
PESCHAUD Arsène
PONS Louis, Camille
RASSEMUSSE Marie, Joseph, Henri
RAYNAL Élie, Albert
ROUX Jean
TROUILLARD André
WINTER Raymond [Pseudonyme : VERDIER dit VALLIN]
Sources

SOURCES : AN 20060011-14 (dossier 611327), transmis par Gilles Morin. – Patrice Miannay, Dictionnaire des agents doubles dans la résistance, Éd. Le Cherche Midi, 2005. – Site internet de Soubizergues. – Site internet GenWeb.

Daniel Grason

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