Début mai 1944, un maquis intégré au Service National Maquis sous le nom de « maquis Bourgogne » fut fondé par Louis Priault, cultivateur et marchand de bestiaux à Dixmont, dans la vallée des Fourches, entre les Bordes et Dixmont, à l’ouest de la forêt d’Othe. Quelques semaines plus tard, le maquis Bourgogne s’installa à la lisière du bois des Rayons, à 200 mètres du hameau de la Grange-aux-Malades, sur la commune des Bordes. Entre le hameau et le bois, au bord du petit sentier qui y conduisait, se trouvait la ferme de Gaston Solmon.
Au lendemain du Débarquement, les effectifs du maquis augmentèrent considérablement, atteignant environ 130 hommes. Les maquisards étaient installés dans les bois et répartis en quatre sections, dont l’une disposait de trois ou quatre tractions-avant.
Le maquis fut attaqué le 3 août 1944 au matin par des troupes allemandes venues de Sens. Il était correctement armé et organisé pour sa défense. Les hommes de la 1ére et de la 2e section soutinrent le feu des attaquants avec six fusils mitrailleurs disposés en position de combat en lisière du bois. Un maquisard fut tué (Henri Boileau de Joigny) et un autre, Robert Dhaine (« Boby »), fut touché à la cuisse par une balle explosive en voulant lui porter secours. Très grièvement blessé, il fut évacué sur un brancard fabriqué à la hâte, soigné dans les bois par le docteur Fort de Joigny, puis transporté le lendemain dans un tombereau, dissimulé sous du fourrage, jusqu’à l’hôpital de Joigny.
Cette résistance permit le repli de l’ensemble des maquisards. Les Allemands incendièrent le campement ainsi que la ferme voisine de Gaston Solmon, détruite par des bombes incendiaires. Quatre personnes du hameau furent arrêtées : F. Ducroq, M. Prévot, Gaston Solmon et son fils Paul Solmon qui furent tous deux accusés de complicité et de non-dénonciation du maquis. Battus et emprisonnés à Sens, ils furent libérés quelques jours avant l’arrivée des Américains. Par la suite, les Allemands détruisirent le PC du maquis, installé dans le hameau du Clos Aubry.
Le maquis Bourgogne se replia à travers bois jusqu’à Violot, au-dessus de Cerisiers. Il séjourna deux ou trois jours près du hameau de la Tuilerie, où il tenta de se reconstituer. En réalité le maquis se divisa en plusieurs groupes qui s’installèrent dans les bois proches des hameaux (La Croix Noire, l’Abbesse, bois de la Tuilerie, bois de la Grande Hâte, bois des Fourneaux). Il en résulta de nombreux déplacements de groupes de maquisards d’effectifs divers, ce qui accrut les potentialités d’accrochages, d’autant plus que les effectifs augmentaient encore.
Des patrouilles allemandes sillonnèrent les routes de la région dans les jours suivants, avec des automitrailleuses, afin de continuer la chasse aux « terroristes ». Les accrochages furent multiples entre maquisards et soldats allemands très agressifs et nerveux. Neuf maquisards ou villageois furent massacrés dans les deux semaines qui suivirent l’attaque du maquis.
Le 5 août, les frères Seguin furent surpris au hameau du Clos Aubry. Raymond Seguin, blessé, s’échappa, mais son frère, Jean Seguin, fut tué. Deux jours plus tard, Aimé Leclerc, frère du sous-lieutenant Leclerc qui commandait la 3e section du maquis, fut arrêté et torturé ; œil arraché, mâchoire fracturée, genou broyé, il fut finalement fusillé près de Dixmont le 16 août. Trois autres maquisards, Gérard Briquet, Roger Fillon et Yvon Hautcoeur, qui avaient été capturés au cours de ces opérations furent fusillés à ses côtés sur le bord de la route qui relie les Bordes à Dixmont. Le 18 août, un petit groupe de maquisards qui revenait du hameau des Fourneaux fut surpris par un convoi allemand qui traversait les Bordes. Deux hommes furent tués (Jacques Brakowsky et René Delafresnay) et trois autres furent capturés : Henri Bonfillou, Robert Rallu (le boulanger de Dixmont) et Fernand Barbot. Les trois hommes furent juchés sur une automitrailleuse et emmenés avec le convoi. Celui-ci s’arrêta à deux km de Villeneuve-sur-Yonne ; les trois hommes furent invités à descendre, alignés sur le bord de la route et mis en joue. Henri Bonfillou sauta dans les buissons et parvint à s’échapper. Ses deux camarades d’infortune furent fusillés.
Sources

SOURCES : Arch. Dép. Yonne, 1 W 122. — Témoignages de Roger Bertrand (1995), Jean Paquet (1998), Louis Priault (2000), Paul Solmon (2002) et M. Lemaire (2002). Renseignements communiqués par Jean-Louis Paquet. — Robert Bailly, Si la Résistance m’était contée…, Éd. ANACR-Yonne, 1990.

Joël Drogland

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