Le 22 août 1944, alors qu’une unité de l’armée allemande en retraite fut attaquée par la Résistance à Saint-Loup (Rhône), un FFI, un soldat allemand et douze civils furent tués par les hommes de la Wehrmacht.

Le 22 août 1944, venant de Roanne (Loire), le Freiwilligen-Stamm-Regiment 3 se repliait vers Lyon (Rhône) en empruntant la route nationale 7. Ce régiment était constitué d’opposants au régime soviétique engagés volontairement dans la Wehrmacht. Il s’agissait de Russes, d’Ukrainiens mais aussi, semble-t-il d’individus originaires d’Asie centrale, encadrés par des Allemands. Ils étaient quelques centaines (500 à 600 d’après un rapport de gendarmerie de 1946) qui circulaient pour la plupart à pied ou à bicyclette sur la Nationale 7. La colonne atteignit le centre de Tarare (Rhône) vers 18 heures, puis Saint-Loup (Rhône) vers 18h30.
A Saint-Loup, l’armée allemande était attendue. Sur une colline surplombant la RN7, étaient positionnés un détachement de parachutistes du Special Air Service (SAS), commandé par le lieutenant Montreuil, et une section de maquisards commandée par Louis Challeat (alias Berthier), chef du secteur de Tarare. Peu après 18h30, les hommes des Forces françaises de l’Intérieur (FFI) et du SAS tirèrent du haut de la colline sur la colonne allemande en marche. Le combat entre les résistants et les soldats allemands dura jusqu’à 21 heures environ. Paul Souzy fut la seule victime parmi les FFI. Au moment où il fut blessé au ventre par une rafale, ces camarades reçurent l’ordre de se replier, le laissant seul sur place. Le lendemain, son cadavre fut retrouvé, portant une blessure par balle au front. Il avait été manifestement achevé par les Allemands.
Lors de ce combat, les hommes de la Wehrmacht s’éparpillèrent aux alentours de la Nationale 7 et firent d’autres victimes. Ils envahirent et pillèrent des habitations et arrêtèrent, volèrent et tuèrent des civils.
Ce 22 août, dans l’après-midi, la rumeur publique annonça qu’une colonne allemande se dirigeait vers Saint-Loup et que les soldats raflaient toutes les bicyclettes. Par prudence, Joseph Boudot, dont la ferme, située au lieu-dit de Goutte Vignole, était au bord de la route nationale 7, décida de transporter trois bicyclettes chez son propriétaire Louis Rabut dont la maison de campagne se trouvait à 100 mètres en retrait de la route. Louis Rabut était avec sa femme et son frère Jean Rabut quand Joseph Boudot se présenta chez lui avec son beau-frère Louis Noyel. Vers 18h30, ils aperçurent les troupes allemandes arriver sur la Nationale 7. Ils furent rapidement rejoints par Francis Dadolle qui, roulant vers Tarare, préféra s’arrêter à Saint-Loup, de peur de se faire voler sa bicyclette. Les Rabut et leurs trois invités discutaient sous la remise lorsque la fusillade entre les résistants et les Allemands éclata. Alors que le combat durait depuis une trentaine de minutes, un militaire allemand, de « race mongole » selon les termes de Louis Rabut, les mit soudainement en joue et les fit sortir dans le pré. Les six prisonniers furent placés sous la garde d’autres soldats qui leur volèrent de l’argent et des montres. Les Allemands exigèrent de fouiller la maison des Rabut, obligeant Madame Rabut à les accompagner et leur ouvrir les portes. Là, ils raflèrent toutes les bicyclettes, une montre, de l’argent et mangèrent les conserves. Louis Rabut et ses quatre compagnons furent, quant à eux, contraints de transporter deux mitrailleuses et des munitions près de la maison de campagne des Thevenard.
La maison de Louis Thevenard, située au lieu-dit de Montferat, surplombait la Nationale 7 d’une cinquantaine de mètres. Il était 19 heures environ, lorsque Louis Thevenard, sa femme Jeanne, son fils Albert et sa belle-mère entendirent des coups de feu. Ils scrutèrent l’horizon et comprirent qu’un combat était en cours entre des maquisards et des Allemands. Comme les balles commençaient à siffler autour de leur maison, ils se mirent à l’abri au rez-de-chaussée, dans leur salle à manger. Au bout d’un certain temps, des coups de feu furent tirés dans leurs fenêtres, puis ils entendirent la clochette de la porte d’entrée et des cris rauques en allemand. Craignant que la porte soit fracturée ou que des grenades soient lancées dans la maison, Louis Thevenard ouvrit la salle à manger. De nombreux Allemands s’y engouffrèrent. Ils firent sortir les membres de la famille et leur ordonnèrent de se coucher dans le pré devant la maison. Des soldats circulaient dans la nature et tiraient de tous côtés. Un instant après, les frères Rabut, Francis Dadolle, Joseph Boudot et Louis Noyel arrivèrent, encadrés par des hommes de la Wehrmacht. Les cinq hommes transportaient les mitrailleuses et les caisses de munitions. Les militaires mirent les deux pièces en batterie, des deux côtés de la maison, mais ils ne tirèrent pas. Puis, ils firent rentrer les Thevenard chez eux et fouillèrent leur domicile de fond en comble. Ils s’emparèrent d’une longue-vue, d’une paire de jumelles et d’un tandem. Quand ils partirent, les Allemands obligèrent leurs cinq prisonniers, ainsi que Louis et Albert Thevenard, à reprendre mitrailleuses et munitions et à les suivre. Perrine Boudot, la mère de Joseph, dont la ferme avait été envahie et pillée par les soldats peu de temps après le début des combats, aperçut son fils, son gendre, leurs camarades et les militaires descendre la colline en direction du Pied de Vindry.
Au Pied de Vindry, les Allemands firent asseoir les sept hommes contre un mur, au bord de la RN7. D’après Louis Rabut, il y avait à cet endroit entre 200 et 300 militaires, « tous fort excités », qui discutaient. Devant l’arrêt des cars, au bord de la route, gisait le cadavre d’un militaire allemand. Alerté par cette scène, Louis Rabut pensa qu’il s’agissait d’une victime de la Résistance et comprit qu’ils risquaient d’être tués en représailles. Au bout d’une quinzaine de minutes, les prisonniers durent se lever. A ce moment, arriva un officier allemand, poussant une moto en panne. Louis Rabut tenta sa chance et proposa de réparer la machine. L’officier accepta, Louis Rabut saisit la moto et la poussa vers sa maison située à 500 mètres de là. Il tenta de sauver son frère Jean en lui demandant de l’aider, mais celui-ci fut retenu. Arrivé à son domicile, Louis Rabut fit traîner la réparation jusqu’à la nuit. Quand elle fut achevée, l’officier allemand repartit seul.
Ce 22 août, quatre ouvriers de l’usine textile Godde-Bedin de Tarare, Antoine Plasse, Claude Giraud, Julien Raffin et Jean Dupin étaient venus à Saint-Loup récolter des oignons pour le compte de leur entreprise. Vers 18 heures, Ils furent rejoints par Claudius Vignon, le propriétaire du terrain sur lequel ils travaillaient. Lorsque les FFI et les SAS attaquèrent la colonne allemande, les balles sifflèrent autour des cinq hommes. Pour se protéger, ils se cachèrent d’abord dans une plantation de topinambours puis ils se réfugièrent dans la cave de Claudius Vignon dont la maison était située au Pied de Vindry. Vers 19 heures, de nombreux Allemands firent irruption dans la cour. Arrivés devant la porte de la cave, ils mirent les civils en joue. Les cinq hommes levèrent les bras. Voulant sans doute expliquer sa présence et celle de ses collègues chez Claudius Vignon, Antoine Plasse tenta de parler en allemand avec l’un des militaires. Celui-ci répliqua en français : « Taisez-vous, asseyez-vous et ne bougez plus ». Ils restèrent environ une heure dans la cave sous la surveillance des soldats. Pendant ce temps, les Allemands fouillèrent la maison. Vers 20 heures, le militaire qui avait ordonné à Antoine Plasse de se taire, fit sortir les quatre ouvriers dans la cour et les fit asseoir sur l’escalier qui menait au jardin. Là, ils attendirent encore trois quarts d’heure. Finalement, un soldat leur ordonna de partir avec lui. Un quart d’heure après, vers 21 heures, Claudius Vignon entendit quelques coups de feu à proximité de sa maison.
A 50 mètres de l’habitation de Claudius Vignon, contre un mur de jardin, au bord de la RN7, Antoine Plasse, Claude Giraud, Julien Raffin, Jean Dupin, Jean Rabut, Louis Thevenard, son fils Albert Thevenard, Francis Dadolle, Joseph Boudot et son beau-frère Louis Noyel furent massacrés en représailles de l’attaque des SAS et des FFI. Les dix hommes furent tués d’une balle dans la nuque. Les quatre ouvriers furent abattus vraisemblablement au moment où Claudius Vignon entendit quelques coups de feu isolés, vers 21 heures. Les autres victimes furent peut-être assassinées au même moment, ou peut-être avant.
Ce 22 août, vers 19h30, Gaston Simon, employé des P.T.T. demeurant à Tarare, fut réquisitionné pour transporter des soldats allemands dans un camion. Le combat en cours l’obligea à rouler lentement et à s’arrêter fréquemment. Vers 21 heures, il passa au Pied de Vindry et vit, allongés le long du mur, les cadavres des massacrés. A ce moment, son camion manqua de gaz et s’immobilisa. Les Allemands crurent que Gaston Simon avait provoqué la panne. Un militaire le fit suivre la colonne sur une distance de 500 mètres environ jusqu’à une carrière. A cet endroit, il fit mettre Gaston Simon à genoux au bord de la route. Il lui tira une balle dans la nuque et une autre dans la poitrine puis il lui vola sa montre et partit. Bien que gravement blessé, Gaston Simon ne perdit pas connaissance. Il fit le mort le temps que la colonne passe, et aussitôt après, il alla chercher du secours à la ferme Subrin qui se trouvait à une centaine de mètres.
Ce 22 août, le cantonnier Jean Coucheroux travaillait sur la route. Informé qu’une colonne allemande se dirigeait vers Saint-Loup, il abandonna sa tâche vers 15 heures et rentra chez lui, au Pied de Vindry. Au moment où la colonne allemande fut attaquée, Jean Coucheroux était dans son jardin, à une centaine de mètres à l’arrière de son habitation. Sa femme Jeanne et sa fille de deux ans étaient seules à l’intérieur de la maison. Les balles commencèrent à crépiter contre les murs et, peu après, de nombreux Allemands envahirent la demeure des Coucheroux en criant « terroristes, terroristes ». Les soldats fouillèrent partout puis transportèrent trois blessés dans la maison. Sans se soucier des risques, ils contraignirent Jeanne Coucheroux à chercher de l’eau à l’extérieur. Elle dû également panser les blessés. Les militaires restèrent dans la maison pendant presque trois heures. Lorsque la fusillade s’affaiblit, Jeanne Coucheroux sortit et tenta vainement d’apercevoir son mari. De nombreux Allemands circulaient sur le chemin menant au jardin et aux alentours. Vers 21h30, les militaires évacuèrent les blessés et emportèrent un drap, une couverture de laine et un édredon. Après leur départ, alors qu’il faisait complètement nuit, Jeanne Coucheroux partit à la recherche de son mari. Elle parcourut le jardin, appela vainement et rentra seule chez elle. Jean Coucheroux s’était réfugié derrière sa cabane de jardin. Découvert par l’un des soldats qui inspectait les lieux, il fut tué d’une balle à bout portant. Impossible de savoir s’il avait été pris pour un résistant ou massacré arbitrairement.
Ce 22 août, Jean Subrin et sa mère Claudia Subrin se trouvaient aux abords de leur ferme, située au lieu-dit Goutte Vignole, à Saint-Marcel-l’Éclairé (Rhône). Vers 18h30, ils virent les soldats arriver sur la Nationale 7, distante de 300 mètres environ de leur habitation. Les résistants attaquèrent la colonne allemande et des balles crépitèrent autour de la ferme. Jean et Claudia Subrin jugèrent prudent de se sauver dans les bois de Chalosset, situés au-dessus de leur habitation. Avant de partir, Claudia Subrin rassembla trois petites boîtes qui contenaient ses économies (environ 85000 francs) et ses bijoux (deux montres en or, une alliance et une bague) et les mit dans un cabas. Arrivés dans les bois, le fils et la mère se séparèrent. Jean Subrin resta caché 2 à 3 heures. Le calme revenu, il retourna chez lui. Arrivé à la ferme, il constata que Claudia Subrin n’était pas rentrée et il partit à sa recherche. Il retrouva sa mère morte dans un pré à environ 200 mètres de la ferme. Elle avait reçu quatre balles, une à la tête, une au bras, une au ventre et une à la jambe. Jean Subrin remarqua qu’il y avait à côté d’elle un fagot de genêts ramassé dans la forêt. Elle avait donc été assassinée alors qu’elle regagnait la ferme. Elle n’avait pas été tuée à bout portant, mais à distance. Les soldats l’avaient aperçue de loin et abattue alors qu’elle traversait le pré. Puis, ils s’étaient approchés et lui avait voler valeurs et bijoux. Dans son cabas, Jean Subrin trouva deux boîtes vides. La troisième boîte, ne contenant que quelques pièces d’argent, avait roulé lors de sa chute et avait échappé aux voleurs.
Vers 23 heures, la gendarmerie fut informée par des résistants que plusieurs civils avaient été tués par les troupes allemandes au Pied de Vindry. Les gendarmes se rendirent sur les lieux et trouvèrent en bordure de la Nationale 7, en face de l’arrêt du car de la Régie des Services automobiles du Rhône, les neuf hommes et le garçon, alignés côte à côte et baignant dans leur sang. Ils remarquèrent également, sur le côté opposé de la route, devant l’autre arrêt des cars, le corps du militaire allemand, tué par balle. Sur la route, il y avait quatre véhicules automobiles (trois voitures de tourisme et un camion) endommagés et abandonnés. Ces véhicules portaient des traces de balles. A 600 mètres en direction de Tarare, deux cadavres de chevaux gisaient, l’un sur la route, l’autre dans un pré, tous les deux tués par balles. Le 23 août 1944, à 7 heures, en présence des maires de Saint-Loup et de Tarare, les gendarmes recueillirent les identités des victimes étendues près de la Nationale 7. Seul, le cadavre du soldat allemand ne put être identifié. On ne trouva sur lui qu’une plaque portant l’inscription « 390-FREIW-UKR-STAM-R.G.T.3 ». Ce qui permit de déduire qu’il faisait partie d’une unité ukrainienne du Freiwilligen-Stamm-Regiment 3. Il était donc probablement ukrainien. Au même moment, vers 7 heures, le corps de Jean Coucheroux fut retrouvé par sa femme dans son jardin. On découvrit à proximité de son cadavre la douille d’une cartouche allemande. En accord avec les familles, le maire de Tarare fit transporter les corps à la morgue de l’hôpital de Tarare, sauf celui de Jean Coucheroux, réclamé par sa femme pour être enterré à Saint-Loup. Les objets, papiers et valeurs recueillis sur les cadavres furent remis aux familles. Jeanne Plasse et Adrienne Noyel constatèrent à cette occasion que les portefeuilles de leurs maris et leurs contenus, argent et papiers, avaient été volés par les soldats. L’inhumation des victimes eut lieu le 24 août 1944 à 10 heures.
Après-guerre, des prisonniers de guerre russes appartenant à l’unité Freiwilligen-Turk-Stamm-Regiment 3, qui étaient présents lors du combat qui eut lieu le 22 août à Saint-Loup, déclarèrent que le soldat allemand tué sur le bord de la RN7 avait été abattu par un officier allemand parce qu’il refusait de tirer sur les civils. Par ailleurs, des enquêteurs recueillirent un témoignage qui, malgré ses imprécisions, offrit une piste sérieuse pour déterminer qui était responsable du massacre du 22 août 1944. Un prisonnier de guerre du dépôt 91 à Poitiers, désigna un officier du Freiwilligen-Stamm-Regiment 3 : « Le capitaine Bergmann né en 1904 ou 1905 (habitait avant la guerre en Wesphalie et dans la province de Hanovre). Dans le village de Tarare entre Roanne et Mâcon, il était pris en fusillade par le maquis fin août début septembre 1944, lorsqu’il faisait le repli avec sa compagnie. Comme représailles il avait fusillé 40 français dans Tarare. […] La Cie de Bergmann s’appelait Régiment des volontaires Ukrainiens N°3 et ils étaient stationnés entre Roanne et Lyon au mois de juillet et août pour combattre le maquis F.F.I. Le lieutenant colonel Dorrenhaus était chef du régiment, Bergmann lui était chef de la Cie d’État major de ce régiment. Ce régiment s’est replié en septembre 1944 en Allemagne [...] ».
Un monument fut érigé à Saint-Loup, au Pied de Vindry, au bord de la Nationale 7. Il porte la mention « Ils t’ont donné leur sang aussi » et les noms de Joanny Dadolle, Jean Rabut, Louis Thevenard, Albert Thevenard, Joseph Boudot, Louis Noyel, Claude Giraud, Julien Raffin, Jean Dupin et Antoine Plasse. En bas du monument, sur une plaque « En hommage aux autres victimes des journées sanglantes des 21 et 22 août 1944 », sont gravés également les noms de Melle Louise Dupuis, Mme Claudia Subrin, Jean Coucheroux, Paul Souzy (FFI) et André Prez (FFI). Ce monument fut inauguré le 4 août 1945.


Liste des victimes :
BALMONT Claudia, épouse SUBRIN
BOUDOT Joseph, Louis
COUCHEROUX Jean-Marie
DADOLLE Francis, Joanny
DUPIN Jean, François
GIRAUD Claude, Marie
NOYEL Louis, Philippe
PLASSE Antoine, Marie
RABUT Jean, Marie
RAFFIN Julien
SOUZY Paul Cyprien
THEVENARD Albert, Jules
THEVENARD Louis, Pierre
UN SOLDAT DE LA WEHRMACHT INCONNU


Liste des rescapés :
RABUT Louis
SIMON Gaston
Sources

SOURCES : Arch. Dép. Rhône, 3808W1108.— Site Internet Geneanet.

Jean-Sébastien Chorin

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