Né le 17 janvier 1925 à Lwow (Pologne, Ukraine), guillotiné le 8 août 1942 dans la cour de la prison de la Santé à Paris (XIVe arr.) ; étudiant ; militant communiste ; résistant de l’Organisation spéciale (OS) puis des FTPF.

Obsèques d’Isidore Grinberg à l’hiver 1945 au Carré des fusillés.
Albert Ouzoulias prononce un discours sur sa tombe. A sa droite le père d’Isidore, Maurice Grinberg et Marousia Naïtcheko.
Le Sang des communistes, op. cit.
Isidore Grinberg
Selon Maroussia Naïtchenko, les parents de Isidore Grinberg étaient domicilié à Paris dans le XXe arrondissement et son père exerçait la profession de marchand de tissus. Isidore Grinberg, sous le pseudonyme de Robert, était domicilié 92 rue des Rosiers à Saint-Ouen (Seine, Seine-Saint-Denis) près du marché aux puces. Pendant la guerre, membre des Jeunesses communistes, il distribua des tracts, entra en novembre 1941 dans l’Organisation spéciale (OS). Il participa à deux actions en compagnie de membres de l’OS (Bataillon de la jeunesse). Ils allèrent à la mi-décembre 1941 à Savigny-sur-Orge (Seine-et-Oise, Essonne) sectionner des câbles téléphoniques. Le 3 janvier 1942, il fit partie du groupe qui attaqua une permanence du Rassemblement national populaire (RNP), rue de la Procession (XVe arr.). Un adhérent du RNP fut atteint par deux balles.
L’OS décida d’attaquer des officiers de l’armée d’occupation. Le 7 janvier 1942, Isidore Grinberg et André Biver étaient en mission de repérage devant un garage allemand au 120 boulevard Magenta (Xe arr.). Leurs allées et venues attirèrent l’attention de Louis Lécureuil, sous-brigadier, qui seul était de surveillance. Il interpella et empoigna Isidore Grinberg, qui lui demanda de le lâcher, et s’exclama : « Faites attention ! » Trois coups de feu claquèrent, le policier s’effondra. Son corps fut découvert par deux gardiens cyclistes alertés par le bruit des détonations à 22 h 20. Trois douilles de 7,65 mm furent découvertes. Louis Lécureuil mourut à son arrivée à l’hôpital.
Isidore Grinberg se réfugia chez Maroussia Naïtchenko, il lui raconta qu’il avait tiré pour protéger André Biver qui n’était pas armé et que Louis Lécureuil n’était pas seul : « J’ai tué un Français, tu te rends compte ! J’ai bousillé un Français ! »
Le 10 janvier, il était près de l’aéroport du Bourget (Seine, Seine-Saint-Denis) pour sectionner des câbles.
Le 12 janvier, les obsèques solennelles de Louis Lécureuil eurent lieu dans la cour de la préfecture de police, en présence du préfet et des autorités de Vichy (messe à Notre-Dame de Paris, Légion d’honneur à titre posthume). Lécureuil était père de cinq enfants, dont trois adoptés, soldat de la guerre 1914-1918, blessé, décoré de la Croix de guerre. Les circonstances du drame et la personnalité du mort provoquèrent beaucoup d’émoi chez les policiers. La presse collaborationniste, dont Le Matin, se déchaîna contre « les terroristes ».
Le 9 mai, vers 18 heures, Maurice Feld, dit Jacques, et Mordka Feferman, dit Louis, tentaient d’échapper aux inspecteurs à l’angle des rues Bleue et du Faubourg-Poissonnière ; des coups de feu furent échangés. Feferman absorba un cachet de cyanure et se tira une balle à la tempe droite ; il mourut le lendemain à l’Hôtel-Dieu. Arrêté, Maurice Feld fit des aveux : il formait avec Grinberg et Feferman l’un des triangles de l’OS. Le soir, vers 21 h 20, les policiers de la Brigade spéciale no 2 arrêtèrent Isidore Grinberg près de la station de métro Porte-de-la-Chapelle, il fut blessé à chaque épaule par une balle de revolver. Quand les policiers l’emmenèrent, il cria : « Vive la France ! » Il portait sur lui une fausse carte d’identité au nom de Louis Bertrand et fut hospitalisé à l’Hôtel-Dieu.
Le 15 juin 1942, il comparut devant le tribunal d’État à Paris, reconnut avoir tiré sur Louis Lécureuil, après que celui-ci l’eut interpellé et palpé. Il déclara regretter son acte car il n’avait pas voulu tuer un Français. Il eut peur qu’une fois son arme découverte la police le remît aux Allemands ; il tira uniquement pour cette raison. Il fut condamné à mort puis guillotiné le 8 août dans la cour de la prison de la Santé.
Selon l’un des inspecteurs qui témoigna devant la commission d’épuration de la police, lors de son arrestation, Isidore Grinberg, menotté, aurait tenté de s’échapper, et les policiers tirèrent (rapport du 13 août 1945).
Le dimanche 28 avril 1946, il y eut une cérémonie rue Jean-Dolent (XIVe arr.) devant la prison de la Santé. Une plaque de marbre fut dévoilée : « Derrière ces murs 18 patriotes antifascistes furent exécutés sur les ordres d’un Gouvernement au service de l’ennemi. » Le nom d’Isidore Grinberg n’y figurait pas. Quarante-huit heures plus tard, l’Humanité en rendait compte en page une, par une simple photographie légendée, en « l’honneur de 18 patriotes guillotinés ou fusillés ».
Sources

SOURCES : Arch. PPo., Activités communistes pendant l’Occupation carton 12, BA 2056, KB 1, RG77W 3115. – Jean-Marc Berlière, Franck Liaigre, Le sang des communistes, les Bataillons de la jeunesse dans la lutte armée, Automne 1941, Fayard, 2004. – Maroussia Naitchenko, Une jeune fille dans la guerre, la lutte antifasciste d’une génération, Imago, 2003. – Le Matin, 9 et 13 janvier 1942, 13 et 27 février 1942, 15 avril 1942, 17 juin 1942, 11 août 1942. – L’Humanité, 30 avril 1946. – ANACR, 1940-1945. La Résistance dans le XIXe arrondissement de Paris, Le Temps des Cerises, 2005.

Iconographie
PHOTOGRAPHIE : Arch. PPo. GB 179.

Jean-Pierre Besse, Daniel Grason

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